Un profil marqué par une dépendance aux organisations et aux marchés

Les raisons de l'engagement
L'accompagnement dans la démarche
La vision des labels
L'avenir de ces démarches

Temps de lecture estimé 20 min

Ce portrait présente des viticulteurs engagés depuis peu dans des démarches volontaires. Ces viticulteurs se sont engagés via différentes pressions extérieures provenant des clients, de la coopérative ou des institutions. Ce profil a été établi à partir de quatre entretiens de vignerons. Ils sont certifiés HVE ou Terra Vitis.

Une démarche volontaire involontaire

Les vignerons que nous avons rencontrés sont engagés depuis peu. La raison de leur engagement est de répondre à la demande du marché, notamment le marché international. Ces agriculteurs sont certes conscients des enjeux environnementaux mais ce n’est pas la principale motivation d’engagement. S’ils ont accepté d’entamer ce processus c’est qu’ils ont compris que sans labels environnementaux, ils ne pourraient plus vendre leurs vins. Les négoces, GMS, l’export sont dépendants des demandes de leurs clients, comme nous confie l’un des enquêtés. Ainsi certains voient ce label comme une démarche commerciale. 

De plus, la labellisation vers une démarche environnementale serait parfois un motif envisagé pour éviter de passer en Agriculture Biologique, tout en s’engageant dans des démarches plus environnementales, « c’est une première offensive » puisque l’AB leur semble plus contraignante.

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“C’est pas notre travail qui va conditionner le marché hein, c’est l’inverse, c’est le marché qui va conditionner notre travail !”

“C’est pas quelqu’un qui a forcément une fibre écologique et ..qui, en tout cas qui a entamé ces démarches là de manière philosophique on va dire mais plutôt, au départ je pense que ca a quand même répondu à une demande commerciale.”

Un accompagnement en demi-teinte 

Les vignerons que nous avons interviewés ne seraient pas allés d’eux même vers les organismes s’occupant des labels. Il y aurait eu différents acteurs pour les accompagner. Pour les vignerons indépendants, ce sont les appellations ou la chambre d’agriculture qui leur auraient directement proposés, via plusieurs envois de mails généralement. L’un d’entre eux nous rapporte:

“C’est le syndicat de l’IGP qui nous a poussé, ce sont eux qui ont financé les stages, les formations.”

En effet, notons que les formations leur sont parfois offertes. Reste à leur charge la présentation et le passage de l’audit pour un montant de 300€ environ. Cette gratuité serait toutefois temporaire selon eux. Beaucoup pensent que les formations tendront à devenir payantes par la suite. Pour ce qui est des vignerons en caves coopératives, ce sont ces dernières, par l’intermédiaire des conseillers, qui les forment. Ils ont donc un interlocuteur privilégié qui leur sert de référent. L’audit est effectué seulement chez quelques vignerons de la coopérative, parmi tous ceux qui sont labélisés. Si un ne répond pas au cahier des charges lors de l’audit, ce sont tous les adhérents qui perdent leur labellisation. Il y a donc un enjeu des coopératives à bien former et contrôler leurs vignerons, en amont. 

Les vignerons nous accordent que les formations sont intéressantes et que le conseil est accessible. Ces démarches leur permettent de cadrer leur production et à gérer leur domaine de manière plus environnementale. 

Cependant, les vignerons ont dû mal à faire connaître ces nouvelles démarches aux consommateurs. Selon eux, les institutions et en parti le ministère de l’agriculture ne font pas assez de communication dessus. C’est un point que nous détaillons d’ailleurs dans la partie “Analyse”.

“Je ne comprends la position du ministère de l’environnement qui a créé le label et qui ne communique pas autour. Ce label manque de communication et de promotion aujourd’hui.”

Des labels plutôt bien vus

De ce qui ressort de ce type de profil, il semblerait que les labels soient plutôt vus comme positifs pour la profession. Pourquoi ? Selon nos enquêtés, ils permettraient en effet de montrer à leurs clients, du négoce au particulier, qu’ils agissent en faveur de leur environnement dans leurs méthodes de travail. Ce label permettrait aussi de valoriser leurs efforts du raisin à la bouteille, à la différence d’autres labels comme l’Agriculture Biologique. Contrairement à certaines appellations qui misent sur la qualité du vin, les viticulteurs accentuent bien le fait que ces labels sont axés sur les pratiques environnementales. Ils avouent toutefois qu’ils ne sont pas contraignants sur la partie production mais beaucoup sur la partie administrative. Il est nécessaire de tout contrôler et de tout tracer. Cependant, nos enquêtés pointent le manque de notoriété de ces labels, alors que la plupart des clients sont déjà perdu avec les appellations: 

“Le problème est la confusion chez le consommateur d’un signe de qualité avec un label environnemental et ce n’est pas pareil. Ce n’est pas du tout pareil.”

Le label HVE reste le plus connu selon eux.

“Donc ça, ça a été compliqué à mettre à niveau et en même temps on leur demandait de passer HVE. Donc des gens qui avaient rien, aucunes contraintes, fin contraintes oui c’est contraintes administratives, ils sont passé avec 2 voir 3 cahiers des charges, donc ça c’était compliqué.”

Un avenir divisé

Lorsque l’on parle de l’avenir, les vignerons coopérateurs affirment que dans les prochaines années ces labels deviendront obligatoire pour tous les adhérents. Un vigneron coopérateur nous dit son ressenti :

“Si les adhérents ne sont pas passés en HVE d’ici 5 ans, ils sont virés de la coop.”

De plus, ils accepteraient par la suite adhérer à des labels plus forts si le marché le demande. Cependant, en ce qui concerne l’Agriculture Biologique, les avis divergent. D’un côté, il y a les vignerons qui utilisent ce label comme première étape pour s’orienter vers le bio ou qui restent ouvert sur le devenir par la suite. D’un autre côté, il y a les “anti-bio” qui pensent que l’agriculture biologique ne respecte pas l’environnement, n’a pas un avenir durable et qui n’est pas une solution pour répondre à la demande, en terme de quantité, du marché.

“J’ai peur que dans cinq ans ou même avant, les gens qui n’ont pas muté vers quelques choses de plus affichés environnementales ne vendent plus.”

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