Un profil avec une vision globale de la filière et sur les nouveaux labels

Les raisons de l'engagement
L'accompagnement dans la démarche
La vision des labels
L'avenir de ces démarches

Temps de lecture estimé 20 min

Ce portrait présente des cadres engagés dans des négoces, organisation professionnelles agricoles (OPA) ou associations qui promeuvent de nouveaux labels environnementaux. Ces personnes ont un point de vue plutôt complet de la filière viticole languedocienne car ils sont souvent à l’interface et en contact direct avec plusieurs parties prenantes, à la fois en amont mais aussi en aval de la chaîne de valeur.

Un engagement à deux vitesses, chez les jeunes et les générations moins récentes

Les personnes interrogées reconnaissent que l’engagement des viticulteurs dans ces démarches et l’implication des organisations professionnelles agricoles, du personnel des caves, peut varier en fonction de la génération de la personne. Les vieilles générations de viticulteurs sont moins enclines à prendre position dans ces dispositifs environnementaux.

De même, les employés des différentes structures collectives se sentiraient moins impliqués dans le conseil et l’accompagnement de ces démarches. 

A l’inverse, l’engagement est bien souvent plus fort chez les plus jeunes, que ce soit les viticulteurs que pour les salariés d’une cave coopérative. Certains considèrent même les jeunes générations, avec les nouvelles visions et expériences qu’ils peuvent apporter,  comme un moteur pour dynamiser l’ensemble des acteurs de la filière vers des pratiques plus en accord avec les principes du développement durable.

 

Les plus âgés ne souhaitent pas rentrer dans des démarches de transition, ils sont trop proches de la retraite

Nos salariés de structure collective sont plutôt vieillissants et pratique modestement l’informatique donc il nous faut un type un peu plus réactif.”

“Je crois que cette mixité-là, elle peut être positive, mais il faut que l’accueil soit bien perçu et pas qu’on les regarde parce qu’ils ne sont pas d’ici. Il faut les accueillir avec les bras ouverts, de façon professionnelle, parce que ces gens-là vont amener, de part leurs différentes expériences professionnelles, des visions différentes qui feront évoluer j’espère le plus grand nombre.”

Une ascendance des négociants et de la grande distribution sur les caves coopératives et une répercussion sur les viticulteurs en conséquence 

“On a déjà deux acheteurs qui nous on dit que si on n’avait pas de mesures environnementales couplées à la production et bien on nous ne prendra pas le produit (…) A l’international, ils demandent exactement ça.”

Nous soutenons les caves qui font leurs transitions par des contrats long terme et des participations financières.”

“Nous avons communiqué à nos partenaires que nous n’achetons que du Terra Vitis. Nous les aidons dans leur transition via des contrats de 3 ans et une valorisation à l’hecto de 5%. Pour certains cela a mis fin au partenariat.

D’après les personnes interrogées, tous sont unanimes et s’accordent à dire que la grande distribution est de plus en plus regardante sur les labels quand il s’agit de travailler avec les caves coopératives languedociennes et les négoces. Ces mêmes caves  sont contraintes de vendre des produits labellisés par ces démarches, aux différentes enseignes directement ou par l’intermédiaire des négoces. En conséquences, ces contraintes se répercutent sur les pratiques des viticulteurs qui se voient dans l’obligation d’adopter les démarches.

Afin d’assouplir cela, les négoces aident les caves à transitionner vers le label sous lequel ils souhaitent vendent leurs produits. Concrètement, cela se traduit par des contrats d’aide de quelques années avec des valorisations de quelques % sur les hecto achetés. En retour, les caves coopératives signent des contrats de vente exclusif où ces dernières s’engagent à vendre leur volume au même négociant pour toute la durée accordée, c’est-à-dire le temps de la transition. 

Cet ascendant que possèdent les acteurs de la grande distribution et les négociants vient directement dénoter avec l’aspect volontaire de ces nouvelles démarches environnementales : ce ne sont plus les viticulteurs qui s’engagent en réalité, mais à cause des caves, raison qui découle directement des contrats tenus avec leurs clients. 

Cependant, il est tout de même intéressant de notifier que certains vignerons indépendants ou bien certaines caves, avec la motivation des associations qui portent ces nouveaux labels, s’engagent dans ces démarches dans le but d’anticiper les nouvelles exigences qui apparaissent dans les relations avec leurs acheteurs.

C’est plus une démarche volontaire dans le sens c’est pas eux qui sont venus vers nous c’est plutôt la cave qui leur a demandé de le faire et ils ont dit oui quoi. Plutôt dans ce sens là maintenant.

Une notoriété très forte du label AB en comparaison avec les autres labels

Lors des interviews, les personnes avaient le sentiment que le label bio bénéficiait d’une très grande reconnaissance auprès des consommateurs par rapport aux nouveaux labels environnementaux. En terme de parts de marché les vins bio languedociens sont en pleine croissance, grâce à un logo globalement bien connu de tous. 

Tout l’enjeu des nouvelles démarches environnementales est de ne pas perdre le consommateur et d’apporter un message clair. Pour autant, le travail de communication et marketing de ces labels est insuffisant pour ces personnes, ce qui freine la montée en gamme des vins labellisés par ces démarches.

“C’est pour ça que le bio a marché. Il n’y a qu’un seul logo qui est vert. La feuille verte, ça marche et heureusement.”

C’est là où il y a des discussions, la multiplicité des labels il faut arrêter. Terra Vitis, Vignerons Engagés, HVE3, il y en a peut-être d’autres mais voilà, il faut que les messages soient clairs. (…) Il ne faut pas perdre le consommateur et avoir un message très clair là-dessus.

De surcroît, la connaissance des labels a une influence sur l’achat des vins décidés par les négoces et la grande distribution et à l’export : les labels bio et HVE étant les plus reconnus, ce sont les produits qui les portent qui sont les plus favorisés. 

Ainsi, pour ces personnes là, un vrai travail de fond serait nécessaire pour améliorer grandement la reconnaissance de ces labels et éviter un monopole du label bio, label qui ne permet pas que tous les foyers puissent avoir les moyens de se procurer du vin languedocien. 

On ne peut pas faire du tout bio, c’est impossible. Tout le monde ne peut pas se payer du bio. D’ailleurs on l’a vu pendant la crise du covid, ce qui a le moins marché, ce qui s’est le moins vendu, ce sont tous les produits à forte valeur ajoutée que l’on a en région.

Une labellisation pour une meilleure gestion de la réglementation

Au delà de l’aspect commercial des nouveaux labels environnementaux, les personnes que nous avons rencontrées voyaient à travers les nouvelles démarches un levier pour mieux encadrer les pratiques des viticulteurs. Comme le soulignait à juste titre certains, les labels peuvent être vus par les viticulteurs comme un suivi et un respect plus immédiat des réglementations environnementales en constante évolution ces dernières années. 

 La réglementation environnementale, elle évolue de plus en plus et de plus en plus vite, pour que l’agriculture respecte l’environnement. Mais souvent dans les faits, ça peut être dur à mettre en place pour eux et surtout souvent ils ne le savent même pas. (..) C’est aussi beaucoup ça qu’on leur apporte avec notre cahier des charges.

Concrètement, les différents cahiers des charges sont là pour en quelque sort devancer les possibles futures réglementations. Point qui peut être très judicieux d’avancer quand on sait que les personnes interrogés regrettent le manque de volontariat dans l’engagement vers ces démarches, notamment chez les plus anciennes générations, comment nous le mentionnions précédemment, qui sont plus souvent contraintes par la grande distribution, les caves, les négoces… que réellement libre de cet engagement.

Certaines personnes étaient convaincus par ailleurs que cet accompagnement devrait également passer par un engagement plus fort des OPA vers ces labels : une communication plus importante, embauche de salariés entièrement dédiés à ces démarches…Car globalement la gestion des labels par les instances publiques est perfectible d’après ces personnes, avec un label HVE, porté par le ministère de l’agriculture, qui occulte les autres démarches et une communication sur les nouvelles démarches par les instances publiques, jugée insuffisante. 

HVE qui est un label ministériel et donc de l’Etat, comme le bio et défendu à coups de gros moyens.”

En résumé, pour quelques interrogés, l’engagement serait plus important s’il était plus largement décidé par les viticulteurs languedociens et ce, en dépit des contraintes des lois du marché. 

C’est pour cela que j’explique à la présidente de la région qu’il faut un peu d’argent pour mettre les mecs sur le terrain pour prêcher la bonne parole, pour qu’il y ait quelques exemples qui soient visibles et tangibles. Et les autres vont s’y mettre et venir tous seuls. Si c’est forcé, on ne gagne pas. Le truc imposé d’HVE, « Ok on va le faire », mais tout ce qui est imposé n’est pas accepté. Quand cela vient de l’agriculteur, cela n’est pas pareil.

Découvrez d’autres profils :