La vision pragmatique
Portrait de Sylvain hypolite

 

Responsable R&D chez Agro d’Oc

Temps de lecture estimé : 15 min

« Ce qui est important, c’est d’apprendre à apprendre »

Salarié depuis sa sortie d’école en 2012 chez Agro D’Oc, une coopérative d’union de CETA (Centre d’étude des techniques agricoles), Sylvain Hypolite conseille les agriculteurs notamment dans l’agriculture de conservation des sols. Sa vision pragmatique ainsi que son esprit critique lui permettent aujourd’hui de trouver les meilleures solutions aux enjeux actuels des grandes cultures.

Un intérêt pour l’agronomie déjà marqué dès le plus jeune âge

Pour comprendre comment se sont formées la pensée et l’esprit critique de Sylvain Hypolite, il faut revenir quelques années en arrière, à l’époque de son enfance, au coeur de la ferme familiale en Meurthe et Moselle. C’est au milieu de 150 hectares de SAU, entre céréales et production laitière, que grandit Sylvain, dernier né d’une famille d’agriculteurs.

« Je suis le dernier de 4 enfants, donc j’ai trois grandes sœurs et en étant le seul garçon et le dernier dans une famille d’agri, la destinée fait que tu dois être agriculteur »

Passionné par le monde de l’agriculture, Sylvain travaille à la ferme au côté de son père qui lui enseigne des notions sur l’agriculture et, notamment, il lui parle déjà, à l’époque, du concept de réchauffement climatique :

« Il parlait du réchauffement de la planète et dans les années 2000 c’était vraiment pas du tout encore aussi important qu’aujourd’hui et il disait toujours qu’il était conscient de ces angles-là. »

Fils d’agriculteur mais pas que : Sylvain se découvre un fort potentiel à l’école et décide de continuer ses études dans le domaine de l’agronomie afin de, plus tard, reprendre la ferme familiale.                                                                                                       Il intègre donc l’ENSAT en 2008 par choix car il considère cette école comme étant la plus proche de la filière végétale et de ce qu’il souhaite faire, à savoir de l’agronomie appliquée. 

« Moi c’est vraiment l’agronomie qui m’a toujours plu […]. Vous voyez bien dans des écoles d’ingé, finalement, on ne fait pas tant d’agronomie que ça, en tout cas de l’agronomie appliquée et moi j’ai toujours voulu en faire beaucoup. »

La découverte de l’agriculture de conservation et la formation d’ingénieur agronome

Au fil de son parcours à l’ENSAT, Sylvain va découvrir et se passionner pour le monde de l’agriculture de conservation des sols, notamment à travers les discours de Jean-Pierre Sarthou, professeur d’agronomie et environnement. « Le principe essentiel en agriculture de conservation est justement de remettre le « capital-sol » au centre du système de production », explique-t-il lors d’une interview sur l’agriculture de conservation afin de mettre en œuvre des systèmes agroécologiques en grandes cultures. 

Tous ses stages vont donc lui permettre d’enrichir sa culture autour de ce monde-là. De plus, son année de césure va le confronter à de nouvelles études terrains comme lors de son stage au Brésil sur l’étude de l’impact environnemental du semi-direct.
A la fin de son année de césure, Sylvain décide même de réaliser un stage supplémentaire à la Chambre d’agriculture Midi-Pyrénées, sur le site de l’Inra à Castanet, en parallèle de sa spécialisation en SPET (Système de Production Environnement et Territoire). Ce stage, il va le poursuivre en projet de fin d’étude (PFE) en fin de troisième année.
Sylvain est un étudiant très intéressé par son cursus mais il en est pas moins pour la vie associative de l’école membre du bureau des sports en première année, membre d’un pôle de l’organisation des InterAgros en seconde année mais aussi créateur, avec deux élèves de l’INSA de Toulouse, du Raid INSA INP : son passage à l’ENSAT lui aura apporté les compétences nécessaires de l’ingénieur agronome à savoir la capacité d’adaptation, l’esprit critique, l’organisation mais aussi de nombreuses rencontres tant professionnelles qu’amicales. 

Sylvain Hypolite

Responsable Responsable et Développement, Agro d’Oc

Originaire de Meurthe-et-Moselle

Vit aujourd’hui à Toulouse

Vit avec sa femme et leur enfant

Travaille chez Agro d’Oc depuis 8 ans

Responsable Recherche et Développement depuis 5 ans

Diplômé de l’ENSAT avec Spécialisation Système de Production Environnement et Territoire

 Ses missions au quotidien  

Animation des réunions CETA

Conseil auprès des agriculteurs

Rédaction de comptes-rendus

Une fonction connectée et généraliste axée sur la relation humaine

« Il faut toujours garder l’esprit critique, et sur ce sujet (écologie) particulièrement. Et ça, c’est sûr que ma place d’ingénieur et ma formation d’ingénieur, finalement, je pense qu’elle m’a plus appris à être critique, au bon sens du terme, esprit critique esprit scientifique, et qu’il faut garder un œil distant sur les choses. »

Agro D’Oc, une structure faite sur mesure pour Sylvain

Au terme de son PFE à la chambre d’agriculture, un des partenaires du projet sur lequel travaillait Sylvain lui propose de candidater chez eux : c’est donc en 2012 qu’Agro D’Oc recrute son nouvel ingénieur conseil. Agro D’Oc est une union de CETA (Centre d’étude des techniques agricoles) et chaque CETA est une association d’agriculteurs venant d’Occitanie et d’Aquitaine afin d’échanger et d’améliorer la conduite de leur exploitation. Sylvain s’installe donc à Toulouse.                                                                        

En 2014-2015, Sylvain évolue et devient rapidement responsable de recherche et de développement au sein de la coopérative. Son rôle consiste à animer des réunions en tout genre avec les Ceta, donc avec des groupes d’agriculteurs, mais aussi à les conseiller, à aller sur le terrain, à synthétiser les informations récoltées… Tout cela dans l’objectif de continuer à produire mais continuer à produire mieux, dans la préservation et la conservation des sols.

Particulièrement critique sur les visions politiques de ce qu’est ou de ce que doit être l’agriculture ou encore l’écologie, Sylvain semble avoir trouvé l’entreprise qui lui correspond parfaitement :

« La particularité d’Agro d’Oc mais des Ceta historiquement, c’est l’indépendance et l’autonomie. Et ça, sociologiquement, le fait sociologique qui est très fort, c’est ça, c’est qu’on est indépendant de toutes organisations politiques, professionnelles et syndicales depuis toujours et pour toujours j’espère… »

En plus d’avoir une autonomie décisionnelle et d’être indépendant, Sylvain se retrouve dans l’esprit de cette union de CETA. En effet, historiquement, les CETA étaient des groupes d’agriculteurs qui se retrouvaient pour échanger sur leurs cultures et pour trouver des solutions pour mener à bien leur exploitation. Et c’est ce qui plaît à Sylvain : «Cet état d’esprit originel il est complètement là encore aujourd’hui». Pour lui, l’approche pragmatique, le fait d’écouter ce qui se passe réellement sur les parcelles, de s’informer vraiment sur les bénéfices que peut avoir une méthode et faire abstraction des stéréotypes sont des points essentiels pour avancer et répondre aux nouveaux enjeux actuels. Il en donne un exemple avec l’irrigation :

On peut dire que son métier le passionne et l’idée de reprendre la ferme familiale est devenu un lointain souvenir. C’est finalement sa sœur aînée qui décide de la reprendre à la surprise générale : 

« Socialement c’est assez rigolo, parce qu’avec un père assez classique du genre c’est le garçon qui reprend, il se retrouve avec sa fille qui est installée et pas son fils. »

Une vie personnelle et une vie professionnelle qui n’en forme qu’une

Pour Sylvain c’est clair : il n’existe pas de frontière entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle, elles vont de pair : « Moi, j’ai toujours eu une approche assez particulière là-dessus. En fait, je m’en fous de faire la coupure nette entre les deux, j’ai qu’un seul téléphone […] Cette porosité ne me dérange pas du tout. » 
En effet, la plupart de ses connaissances sont issues du milieu agricole ou encore de l’ENSAT, comme sa femme par exemple. Il ne ressent pas le besoin de segmenter sa vie car toute sa vie s’articule autour du monde de l’agronomie et de l’agriculture. Son métier est en fait sa passion. Il ne pratique donc pas d’activité extra-professionnelle comme faire partie d’une association pour le climat car il considère déjà son propre métier comme tel :

« J’estime que c’est comme si j’étais dans une association qui aidait les agriculteurs à mettre en place des pratiques écologiques, sauf qu’en plus, je leur fais gagner de l’argent. »

Sylvain et un groupe d’agriculteurs sur un terrain

Sylvain et le même groupe d’agriculteurs sur un autre terrain

Enjeux, transition et place de l’ingénieur agronome, que retenir ?

Ces dernières années mais aussi le contexte actuel de la crise autour du Covid19 nous amène à nous poser des questions sur le changement climatique notamment, qui nous, en tant qu’ingénieur agronome, nous tiennent souvent particulièrement à cœur. Un des principaux enjeux selon Sylvain, « c’est de faire toujours plus avec moins. » Et « ça c’est typiquement des boulots d’ingénieurs », ajoute-il. Mais pourquoi ? « En largeur de la palette de ce qu’on doit pouvoir gérer, parce qu’on est sollicité sur du juridique, de l’économique, du fiscal, du technique, du très technique, du numérique donc moi mon job aujourd’hui, c’est pouvoir être un peu multi-tâche et spécialiste de tout. »
Comme la plupart des descriptions des compétences des ingénieurs agronomes, Sylvain les qualifient aussi de pluridisciplinaires : l’ingénieur agronome est multitâches. Ces compétences développées au cours notamment de la formation et des différentes expériences professionnelles doivent permettre aux ingénieurs de bien évaluer les problèmes dans des contextes de transition que nous connaissons aujourd’hui. Mais, comme le souligne Sylvain, il est important de « bien diagnostiquer quels sont les problèmes » et de ne surtout pas « changer pour changer et parce que c’est bien de communiquer qu’on a changé. » Même dans une société qui s’accélère, il « faut être vigilant » et « ne pas tout changer » car il y a des « socles qu’on peut garder ».
Finalement, Sylvain est un ingénieur engagé dans ses convictions et pragmatique dans sa manière de voir la société mais aussi passionné d’être au contact des agriculteurs et du terrain. Sa vision réaliste de monde actuel montre bien qu’il faut trouver un nouvel équilibre entre les trois piliers du développement durable et qu’il n’y a pas une transition plus importante qu’une autre mais il ajoute tout de même :

« A titre personnel, évidemment, le plus gros problème, pour moi, c’est le changement climatique si on prend à moyen-long terme, c’est lourd, c’est une tendance qui est extrêmement lourde mais ça on en a déjà parlé mais… comment dire… je ne peux pas non plus dire qu’on fait attention qu’à ça et puis tout le reste va tourner autour : c’est plus un cadre dans lequel on doit penser le reste mais c’est pas une fin une soi. »

Pour plus d’informations sur des recherches et actions menées par Sylvain au quotidien, veuillez retrouvez ci-dessous un exemple sur la gestion de la matière organique des sols par la mise en place de couvert végétaux d’intercultures : 

Réalisé par Pauline DUPLAA et Guillaume VALLEE

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