Agir dans l’industrie lourde et le btp
Portrait de Julie Fournier

 

Responsable matières premières et économie circulaire  chez Alliance des minerais, minéraux et métaux

Temps de lecture 15 min

L’industrie lourde comme la métallurgie nécessite par définition la transformation de matière première. Cette transformation est coûteuse en énergie et émet du CO2. Le secteur du bâtiment et travaux publics (BTP) n’est pas en reste, car c’est le plus gros secteur consommateur d’énergie en France avec 46% de la consommation nationale.

Vous l’aurez compris ce sont des secteurs où la transition commence petit à petit à se mettre en place mais il est difficile de faire avancer les choses tant l’argent en jeu est important. 

Pour en savoir plus sur le bilan carbone de la construction de bâtiments

Un contexte familial qui ne prédestinait pas à cet avenir

C’est dans ce contexte un peu particulier de confinement, dû à la crise mondiale du Covid-19, que nous avons pris contact avec Madame Julie Fournier, responsable « Matières premières et économie circulaire » depuis huit mois à la fédération Alliance des Minerais, Minéraux et Métaux.

Cette jeune parisienne d’une trentaine d’années n’était pourtant pas promise à un emploi lié à l’écologie puisqu’elle n’a jamais été réellement initiée à ces pratiques dans le cadre privé. Pourtant Julie Fournier nous raconte, qu’après son passage dans cette grande école d’agronomie qu’est l’ENSAT, elle en était devenue certaine, la génétique n’était pas un secteur de métier pour elle, elle souhaitait avoir un impact sur les enjeux environnementaux actuels.

Un cursus professionnel riche et diversifié 

A la sortie de son mastère spécialisé en management stratégique du développement durable, en 2012, la recherche de son premier emploi prend du temps. Julie Fournier cherche principalement dans le secteur parisien et dans le domaine de l’écologie et du développement durable. Sa volonté principale est de trouver un emploi pour  » rendre la vie verte « 

La crise de 2008 a fragilisé le marché du travail et dans ce contexte économique il est difficile de trouver des postes dans ces domaines-là. Les entreprises et les recrutements ne se concentrent pas sur les questions du développement durable.

Julie trouve un emploi après plusieurs mois de recherche, recrutée par un ingénieur agronome diplômé d’AgroParisTech, chez Eiffage. Eiffage est un géant dans le secteur du BTP. Elle occupe un poste d’ingénieur Environnement durant une année.

En 2014 Julie va occuper le poste pendant un an d’ingénieur QSE (Qualité, Sécurité et Environnement) où elle est amenée à se rendre davantage sur le terrain. Elle s’occupait de la gestion de la sécurité et des problématiques environnementales d’un site industriel d’Eiffage, une carrière localisée sur un site protégé de la Côte d’Azur. Il fallait faire face à des problématiques liées au tourisme ainsi qu’à une biodiversité variée. Elle a alors mené un projet sur la création d’un sentier de visite en partenariat avec l’Office national des forêts (ONF) afin de sensibiliser les touristes à la faune et la flore de la région et d’inscrire les activités industrielles d’Eiffage dans le territoire. En 2016, elle prend un poste au siège d’Eiffage, à la direction du développement durable en tant qu’ingénieur en Économie Circulaire.

 

Julie Fournier

Responsable matières premières et économie circulaire chez Alliance des minerais, minéraux et métaux

Habite à Paris

Travail chez Alliance des minerais, minéraux et métaux depuis Septembre 2019

Diplômée de l’ENSAT – spécialisation QEGR

Diplômée de Skema Business School Mastère spécialisé : Management stratégique du développement durable

 

 Ses missions au quotidien

  

Gestion des intérêts des acteurs du secteur

Stratégie de diminution du coût en énergie et de l’émission de CO2 de la production d’acier  

Lobbiyisme

 

Durant les trois années où elle occupe ce poste, la direction fut nommée direction « innovation », marquant la volonté d’innover pour la durabilité de la ville, des équipements et penser l’agriculture urbaine. De nombreux fonds sont levés pour ces projets à hauteur de 4 millions d’euros pour chacun annuellement.

 » Notre rôle était de financer les projets au sein l’entreprise qui étaient intéressants d’un point de vue innovation et transition écologique « 

 » Voilà on a pas mal participé à la transition de l’entreprise qui s’est mise à faire de l’innovation, on a mis en place des partenariats avec des incubateurs de startups etc donc ça, ça a pas mal fait bouger et on a mis en place pas mal de projets. »

Julie en conférence  

Un engagement et une volonté de faire “changer les choses ”

Julie est une ingénieure engagée et aime transmettre son intérêt pour l’économie circulaire et le développement durable. En interne, elle participe à la formation des salariés aux questions du développement durable. Elle organise également des événements comme des conférences autour de ces mêmes thèmes et qui tendent à expliquer comment l’économie circulaire peut être mise en place dans le secteur de la construction de bâtiments. Ce sont là de bons moyens de transmettre ses connaissances puisque plus de 200 salariés y participent régulièrement. En externe, elle rassemble des dirigeants et cadres de la région pour les sensibiliser au développement durable.

Julie a également participé au projet Bas Carbone d’Eiffage. En effet, la direction innovation se penche sur la réduction ou substitution des matières premières émettants du CO2.

Pour plus d’informations sur le projet Bas Carbone d’Eiffage 

Julie nous confie que la stratégie globale d’Eiffage n’est pas toujours en accord avec ses valeurs et ses projets. Le projet Bas Carbone se révèle être en désaccord avec le récent achat d’Eiffage de l’aéroport de Toulouse.

 » Trois mois après [le lancement du projet Bas Carbone], même pas, Eiffage a annoncé qu’il allait se positionner du côté des aéroports. […] « 

En constant cet achat d’aéroport, de nombreuses questions sont apparues au sein de son équipe de la direction du développement durable : 

 » Et là on s’est dit : « Mais comment vendre une stratégie bas carbone quand on achète des aéroports ? Est ce qu’on peut faire les deux ? ou est ce qu’on ne peut pas ? Peut-on être opérateur d’aéroport et en même temps être bas carbone ? » Ce sont des sujets qui posent un peu question au niveau stratégie d’entreprise où on se demande si on est bien dans les clous ? « 

Pour en savoir plus sur l’achat de l’aéroport de Toulouse par Eiffage fin 2019 

Elle comprend que les opportunités économiques puissent passer avant les convictions écologiques. Mais Julie se demande si elle a vraiment été entendue par les dirigeants en voyant cet achat se concrétiser. 

Lorsqu’on lui pose la question des freins qu’elle rencontrait au quotidien chez Eiffage pour faire aboutir ses projets, elle cite justement cette nécessité de se faire entendre et de convaincre les plus sceptiques. Elle doit faire face notamment à des questions sur le développement durable : 

 » Est-ce que ça sert vraiment à quelque chose ? Qu’est-ce que ça va m’apporter ? Ça va faire que me coûter de l’argent… »

Julie fait face à des challenges qui sont alors de déceler et de présenter le point d’intérêt de la personne à engager son entreprise dans une démarche écologique. En règle générale, il est plus facile de la convaincre en jouant la carte du gain économique par une amélioration plus verte et l’intérêt de nouveaux clients grâce à des idées innovantes. Elle considère qu’il faut être pédagogue et passionné pour convaincre les plus réticents. Mais la mentalité des populations et leur génération, peuvent-être un véritable obstacle au développement d’innovations plus écologiques. Lorsqu’on demande s’il lui arrive parfois d’être démoralisée ou de perdre la motivation par des projets qui n’aboutissent pas ou ne semblent pas intéresser la majorité elle répond simplement :

 » Cela arrive, souvent [d’être démoralisé]. Dans ces cas-là soit on se fait aider par les supérieurs hiérarchiques pour mettre un coup de pied dans le sujet pour que ça avance soit on se dit que c’est parce que l’entreprise n’est pas prête, pour l’instant ça les intéresse pas, donc il faut accepter de laisser tomber, ça arrive parfois [de devoir laisser tomber un projet] « 

Elle quitte Eiffage fin septembre de l’année 2019, par manque de reconnaissance du travail effectué, d’une ambiance mitigée, d’un salaire trop peu valorisant et une volonté de changer d’air, nous dit-elle. 

Aujourd’hui, elle est responsable matières premières et économie circulaire au sein de la fédération Alliance des minerais, minéraux et métaux. Le secteur de la métallurgie consomme énormément d’électricité et relâche beaucoup de COdans l’atmosphère. L’enjeu est de produire un acier plus vert. Eiffage étant une grande entreprise, il fallait constamment innover et l’effet vitrine auprès de la presse était omniprésent. Ici, à la fédération, les actions qu’elle mène sont différentes, moins techniques et plus politiques. Elle doit faire tendre les techniques d’une industrie lourde vers une responsabilité plus écologique, tout en conciliant les intérêts des acteurs du secteur. 

Julie sur le terrain 

Julie et son équipe 

Une conviction au delà du cadre professionnel

 » Normalement je n’aime pas trop travailler le week-end, le soir tard. Je tiens au fait qu’à 21h c’est fini, pas la peine de m’envoyer un mail à 22h30, je répondrai à 9h le lendemain. Je n’ai pas envie de consacrer ma vie à mon travail, j’ai aussi plein d’autres sujets à côté. »

 

Ces « autres sujets à côté » sont assez liés à l’écologie, comme elle nous l’explique : « Il est difficile de vendre la transition écologique si soit même on est pas hyper à fond ». Étant extrêmement sensible aux sujets du recyclage et d’empreinte écologique, l’ingénieure s’implique dans des associations de réemploi de matériaux dès que son emploi du temps le lui permet. Ce sont des associations qu’elle a connues par le biais de ses travaux pour Eiffage notamment. C’est ici que la vie professionnelle rencontre la vie personnelle.

Elle n’hésite pas non plus à apporter son aide dans l’association de ses collègues de travail et anciens camarades de classes qui sont devenus de bons amis au fil du temps et qui ont une vision de l’écologie assez similaire à la sienne. 

C’est aussi par des reportages, des films, son cursus scolaire puis ses échanges avec des ingénieurs que Julie Fournier évolue dans ce concept de transition. Elle recommande le festival du film de l’environnement qui se déroule à Paris chaque année où elle a pu s’y enrichir de connaissances aussi intéressantes qu’effrayantes. 

Pour découvrir des films sur le développement durable

Film, recherche, développement durable (FReDD), association Toulousaine 

En plus des livres, films et documentaires qui ont forgé sa volonté d’œuvrer pour le développement durable, elle est satisfaite de ce que lui a enseigné son parcours scolaire. Comme Julie nous l’explique, la formation d’ingénieur lui a apporté une méthode de travail et de synthèse qui lui est utile en entreprise. Elle a pu aussi constater avec son mastère en école de commerce que les ingénieurs ont peu le réflexe de « se vendre » et de valoriser leurs capacités, alors que celles-ci sont vastes. Si la reconnaissance du statut d’ingénieur, il y a quelques années, n’était pas remise en cause on peut se demander si c’est toujours le cas aujourd’hui. A cette question elle répond :

 » J’ai l’impression que c’est quand même une bonne carte de visite, en entretien ça marche bien. »

D’après elle, l’ingénieur possède toujours une certaine légitimité au sein de l’entreprise qui pourrait être amenée à changer avec les mentalités. Elle justifie cela par le fait que les fonctions devraient être davantage mises en avant que le diplôme. Sur la fin de notre entretien, elle partage la clé qui, selon elle, rendrait les ingénieurs légitimes pour sensibiliser aux enjeux écologiques : être pédagogues et passionnés.

Pour aider les futurs diplômés dans l’élaboration de leur carrière professionnelle, Julie leur conseille de se renseigner et de rencontrer des ingénieurs dans le domaine qui les intéresse. Elle rappelle l’importance de l’élaboration d’un réseau professionnel. Julie conseille également de ne pas douter de ses capacités et de rester honnête sur ses qualités. Les ingénieurs agronomes vont devoir faire face aux enjeux de transitions écologiques tels que :

 » Nourrir la planète de manière saine « 

et 

 » Faire face aux conséquences du changement climatique. « 

Les enjeux de demain

La transition écologique selon Julie Fournier se conjugue au futur : ce sera de travailler dans un monde plus résilient et dans lequel notre dette envers la nature sera diminuée. Mais également, un monde où l’énergie ne sera plus un facteur de dépendance, notamment en travaillant sur la production d’énergie renouvelable. D’un point de vu organisationnel, il faudra changer les modes de consommation et de gestion des entreprises. Tout le monde devra actionner des changements importants, que ce soit au niveau local, publique, politique, privé ou citoyen.  

Réalisé par Justine DorelLéa Pitelet et Maria Rustom. 

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