Les Hommes

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Un panel de profils engagés dans de nouvelles démarches

Il existe des profils variés prêts à s’engager dans ces nouvelles démarches.
La tendance générale suggère que les jeunes seraient les plus volontaires :

Les plus jeunes que l’on a, ce sont les plus volontaires, parce qu’ils l’ont compris.
Ce sont ceux qui comprennent le plus facilement.

Au contraire, les anciens vignerons seraient moins motivés : “Après on a des plus anciens, qui traînent des quatre fers parce qu’ils attendent la retraite. »

Mais pas de généralités ! Certains anciens pratiquaient déjà des démarches environnementales avant que celles-ci n’existent et la certification, s’ils le veulent, serait facilement atteignable : 

 “Et bah non justement, ce n’est pas générationnel ! C’est les gens de mon âge qui sont plus motivés je dirais,
que les jeunes. Moi j’ai eu du mal à leur faire comprendre à la maison, pourtant ils sont jeune
s.”

  • Qu’en est-t-il de la formation ?

Il ne faudrait pas forcément avoir suivi une formation agricole pour adhérer aux nouvelles démarches.
Sur les 12 personnes enquêtées, seulement 3 n’ont pas suivi un cursus agricole et ont des visions différentes de ces démarches.

La grande majorité des cursus reste tout de même agricole ou agronomique.

  • Le contexte familial détermine-t-il l’engagement ?

Il n’y a pas réellement de parcours qui se détache du reste mais l’influence familiale, professionnelle ou personnelle a toujours une place importante dans l’engagement à ces démarches.

Mes parents avaient repris l’exploitation de mes grands-parents pour moi parce que ce n’était pas leur métier. Je ne voulais pas partir et les laisser. J’ai donc cherché dans le coin. Puis, du foncier s’est libéré et je devais m’installer à plus ou moins long terme. Voilà pourquoi je me suis installé.”

L’entrée dans ces démarches dites “volontaires” est-elle réellement le fruit
d’une réflexion et d’une décision personnelle des vignerons ou est-elle incitée indirectement ?

Une même idée ressort des entretiens : les vignerons engagés dans une coopérative ne seraient pas toujours maîtres de leur choix dans ce type de décision. “Ca [la démarche HVE] c’était une volonté des dirigeants de la cave pour se démarquer, pour amener cet aspect qualité et surtout une méthodologie de travail. »

D’autres raisons seront davantage détaillées dans la partie “Produit”. 

Les vignerons indépendants sembleraient disposer d’une plus grande liberté dans leurs décisions. Que ce soit pour des raisons économiques ou environnementales, la décision de transition leur est propre, même si parfois elle peut-être induite par des proches, des voisins vignerons ou encore des conseillers des différentes démarches.

  • Finalement, le mot “volontaire” est-il réellement adapté pour parler de ces démarches?


HVE ou Terra Vitis, une première étape vers le bio ?

Le label Bio est le label le plus connu des consommateurs aujourd’hui et impose aux agriculteurs une période de transition de 2 ans pour les cultures annuelles et de 3 ans pour les cultures pérennes. Ce délai peut freiner plus d’un viticulteur, ce pourquoi le passage par une première démarche peut se montrer rassurante.

HVE, par exemple, est une démarche qui certifie l’intégralité de l’exploitation avec une progression en trois niveaux.

  • Mais alors qu’en est-il des cahiers des charges et quels sont les objectifs des vignerons lors de leur transition ?

Certains vignerons expliquent qu’ils ont pour projet de transiter en agriculture biologique dans les années à venir, mais ce n’est pas le cas de tous. Certains refusent catégoriquement le bio par conviction personnelle :

HVE a été une première réponse qui a permis d’éviter le bio,” nous avoue un vigneron.


De leur côté les membres actifs des coopératives nous expliquent que “certains viticulteurs ne sont pas du tout convaincus que le bio soit une solution d’un point de vue environnemental.

De plus, certains cahiers des charges présenteraient des similitudes : “si vous regardez dans le cahier des charges de Terra Vitis, il y a tout un chapitre qui traite de la HVE. Il est dit clairement que si vous remplissez tel point et d’autres, vous êtes bon pour vous lancer, donc après, c’est vraiment juste une formalité.” 

Certains vont donc privilégier ces nouvelles démarches pour leur aspect commercial, car c’est “très vendeur” et d’autres pour leur aspect environnemental, plus complet que celui du bio.

Il est alors possible de distinguer deux catégories d’agriculteurs : ceux qui ne croient pas aux valeurs prônées par l’Agriculture Biologique et qui s’engagent dans d’autres démarches et ceux qui y croient ou veulent valoriser leurs produits. 

Finalement, adhérer à ces nouvelles démarches ne résulterait pas forcément d’une première étape vers une future transition en Agriculture Biologique. Certains disent même que “techniquement ce sera plus facile parce que :

le label HVE a plus de contraintes que le bio”.

Les nouveaux labels, un renouveau parmi les appellations (IGP, AOP, AOC) ?

  • Qu’apportent de plus ces nouveaux labels ?

Les principales réponses à cette question tournent autour du gain en méthodologie, en rigueur de traçabilité et la conviction de mieux agir pour l’environnement.
De plus, l’apparition de ces labels forcerait certains vignerons à faire évoluer leur pratiques vers une viticulture plus respectueuse : 

 

Il fallait changer les pratiques, il se faisait des choses dans la viticulture, ce n’était pas possible de continuer comme ça et heureusement qu’il y a des certifications pour forcer les gens à…évoluer.

Nombreux sont les enquêtés qui certifient que le label ne leur a pas demandé beaucoup d’énergie étant donné que les méthodes de travail qu’il requiert faisaient déjà partie de leur quotidien :

“Pour un viticulteur à peu près raisonnable, HVE c’est une formalité parce que ce sont des pratiques qu’on aurait tous dû faire ou que l’on a mis en place depuis longtemps car c’est vraiment du bon sens (…).
C’est même dramatique d’arriver à en faire un label alors que ça devrait être la règle
”.

Notons cependant que l’une des difficultés relevées par nos enquêtés était de l’ordre de lourdeurs administratives, notamment tout ce qui concerne la traçabilité. D’ailleurs, un administrateur nous a révélé que plusieurs de ses adhérents avaient refusé le label HVE car il impliquait le renseignement des traitements phytosanitaires sur chaque parcelle. 

  • Quelles critiques pour les nouveaux labels ? Pourrait-on parler de greenwashing ?

Certains pensent que la mise en place de ces nouvelles démarches sont des alternatives et que certains vignerons, par manque de connaissances, ne savent pas réellement être critique sur ce qu’on leur demande de faire :

“J’ai un avis assez mitigé sur les autres solutions parce que ce sont des solutions qui sont clairement alternatives. Mais c’est un peu du greenwashing comme on dit. On voit bien que ce sont des solutions qui ont été portées par la filière qui ne voulait pas couper complètement avec les méthodes pesticides chimiques. Donc il y a beaucoup de désinformations là-dessus. Tous les vignerons n’ont pas le même niveau de connaissance, donc tout ça aujourd’hui, on voit bien que sur le HVE c’est l’arnaque totale. Le ministère et l’Europe sont à la manœuvre. Mais quand vous êtes en HVE 2 il n’y a même pas d’obligation de résultats. Ça ne veut pas dire grand-chose et en plus on a l’impression qu’être bio c’est forcément bio=écolo, donc il y a une couleur politique.
Finalement ça ne fait pas très sérieux.”

D’autres pensent que HVE, étant une norme gouvernementale et non spécifique à la vigne, ne correspond pas du tout aux visions environnementales des vignerons et doit donc, par conséquent, être mise à jour : “Terra Vitis est la seule démarche qui est propre à la viticulture et qui s’adapte selon le besoin des différentes régions. HVE doit être mise à jour.

L’accompagnement reste à améliorer

  • Mais alors, comment les viticulteurs sont-ils accompagnés dans ces démarches ?

Les enquêtés ont plutôt tendance à parler de contrôle que de soutien. 

En effet, l’organisme certificateur semble être le premier interlocuteur qui leur vient à l’esprit. Avec des contrôles réguliers et payants, il est possible de se faire conseiller par un référent. 

Mon interlocuteur pour l’agriculture biologique c’est Ecocert” confie un vigneron, “vous avez à la fois des gens qui vous auditent et à la fois aussi un référent […]  il faut aller vers son organisme certificateur justement pour demander les choses et demander des conseils« .

Des associations se créent afin d’aider les agriculteurs dans la transition vers le biologique, comme Biocivam par exemple. “Il n’y avait rien à l’époque. […].Aujourd’hui oui avec le biocivam c’est vraiment un réseau ou on peut échanger et se former. Aujourd’hui, celui qui veut passer en bio, il n’est pas seul” déclare un vigneron. 

Les interlocuteurs varient aussi en fonction de la démarche engagée. Terra Vitis est disponible pour répondre à des questionnements mais ne réalise pas de conseil personnel car ils sont auditeurs. 

En revanche, la Chambre d’Agriculture et les caves coopératives sont un support à part entière qui proposent des formations et des sensibilisations aux enjeux environnementaux. Ils mettent également un technicien à disposition qui peut vérifier que tout est conforme avant un audit, car selon un membre de la Chambre d’Agriculture :

“la confiance n’exclut pas le contrôle auprès de certains adhérents”.

Néanmoins, un vigneron indépendant souligne la complexité du soutien à disposition : “C’’est un monde qui est extrêmement compliqué. Vous n’avez pas une personne qui va vous aider sur tout. Vous avez l’agence bio qui rentre en ligne de compte, vous avez l’organisme certificateur, vous avez FranceAgriMer, vous avez la DDTM, vous avez… J’en ai oublié ? Je crois que c’est tout. […] Vous avez au moins 4 organismes qui ont un intérêt pour le bio quoi.” 

Il serait donc parfois difficile d’obtenir des informations rapidement et il en serait de même pour les aides financières : “L’aide on l’a. Le problème c’est qu’il faut presque un an et demi pour avoir l’aide, donc on avance”. 

Il existe donc une multitude de formes d’accompagnement dans ces démarches mais cette pluralité contribue à une lourdeur des procédures et un manque d’informations claires et uniformes pour les vignerons.

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