L’AGRO AU CŒUR

 

 

 

Portrait de Jean-Luc POISSON

 

Chargé de développement, chez Agri-éthique

Temps de lecture estimé 13 min

C’est en visioconférence que nous avons pu rencontrer Jean-Luc Poisson, ingénieur agronome. Chargé de développement chez Agri Ethique, jeune label de commerce équitable origine France. S’appuyant sur son parcours et ses différentes expériences, Jean-Luc Poisson nous a apporté un éclairage sur la place qu’il occupe dans la transition écologique ainsi que, de manière plus générale, celle que devrait avoir l’ingénieur agronome selon lui.

C’est d’abord son enfance, passée au cœur d’un domaine forestier dans les Yvelines, qui donne à Jean-Luc Poisson, 44 ans, sa passion pour l’environnement. Des années à observer les animaux maîtriser leur biotope, parfois en se levant à l’aurore, lui ont donné une « connaissance terrain de l’écologie ». Son père ensuite, gestionnaire forestier, diplômé de l’école agricole Louise Vilmorin, le plonge tôt dans le monde agricole. Dès le lycée, Jean-Luc Poisson choisit une filière agricole, au programme, déjà, phytotechnie et zootechnie. S’ensuivent, la prépa, la fac, puis l’Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse. Fort des connaissances acquises en lycée agricole, ces trois années lui permettent de prendre du recul par rapport aux enseignements et de se poser la question de l’ingénieur qu’il veut devenir. Il déplore cependant que ses camarades, qui doivent avant tout assimiler des connaissances, ne soient pas autant dans cette logique. Ce temps de réflexion lui permet déjà d’adopter une posture en marge d’une tendance très présente il y a vingt ans, qui transforme l’ingénieur agronome en vendeur de fourniture ou en banquier. Son stage de fin d’étude sera le bilan de l’évaluation d’un programme européen de mesures agro-environnementales. Lauréat du prix de l’Académie d’agriculture de France (Fondation Xavier Bernard) avec Aurore Sauvaget (même promotion ENSAT) qui récompense mémoire de fin d’études, obtenu en 2001, Jean-Luc Poisson s’occupe en suivant de développer une filière de qualité abandonnée dans les années 70 : la lentille blonde dans le Cantal. Puis, après un passage au Conseil régional des Pays-de-la-Loire, il obtient un poste dans un cabinet de conseil privé. Si cette expérience est très formatrice, il finira par quitter l’entreprise de plus en plus éloignée de ses valeurs. Il crée ensuite son entreprise de conseil et formation, spécialisée dans Responsabilité Sociétale de l’Entreprise.  

Souhaitant revenir vers le milieu agricole, il entre chez Agri Ethique en 2018. Il retrouve donc l’agronomie, tout en étant dans une structure avec qui il partage les mêmes valeurs : « [Agri Ethique] c’est des valeurs de solidarité, de développement, de création de valeur ajoutée, de juste répartition de valeurs sur une filière, d’innovation et de partage. »

Jean Luc Poisson

Chargé de développement, chez Agri-Ethique 

Originaire des Yvelines

Vit aujourd’hui en Vendée

a trois enfants

Travaille chez Agri-éthique depuis un an et demi

Diplômé de l’ENSAT

Spécialisation « Environnement et développement territorial  » 

 Ses missions au quotidien  

Développer de nouvelles filières équitables origine France

Accompagner des transformateurs à la structuration en équitable de leurs filières d’approvisionnement

Réaliser des missions d’expertise et de diagnostic de projets de filières en équitable

Sensibiliser le grand public et les collectivités au commerce équitable

Résidant aujourd’hui à la Roche sur Yon, Jean-Luc Poisson s’engage à travers Agri Ethique dans un processus de transition des systèmes alimentaires.

 

Agri-éthique,la transition en pratique

 

Agri Ethique est une petite structure de sept employés, filiale de la coopérative Cavac. Grand groupe Vendéen qui frôle le milliard d’euro de chiffre d’affaires, la Cavac fait partie selon Jean-Luc Poisson « des coopératives les plus responsables aujourd’hui ». En effet si : « [elle est] obligée de gérer du marché à terme, en Vendée il y a le port des sables d’Olonne, on est quand même bien placé pour faire de l’import-export sur les céréales » ¸ la coopérative s’inscrit aujourd’hui dans des logiques de transition. Le virage a débuté il y a quelques années avec une volonté de développer l’agriculture biologique mais également les filières à plus forte valorisation. Agri Ethique voit donc le jour en 2013, son objectif : créer et fixer de la richesse sur le territoire. Pour cela, Agri Ethique valorise des productions de qualités direct dans un premier temps sur la Vendée, puis progressivement partout en France, et met en place des partenariats durables entre producteurs et transformateurs. Ainsi, c’est en 2014, entouré de FAIR[e] un monde équitable, Max Havelaar et Artisans du monde que la petite structure se découvre des points communs avec les acteurs historiques du commerce équitable local. Intégrée officiellement au collectif Commerce Equitable France (CEF) en 2018, Agri Ethique travaille désormais en partenariat avec une vingtaine de coopératives et d’organismes stockeurs, dans toute la France. Pour Jean-Luc Poisson, appartenir à cette petite structure est un moyen de peser dans la balance. Pour lui le commerce équitable est un secteur nouveau dont la réglementation, issue de la loi 2014 relative à l’économie sociale et solidaire, est simple. Ainsi en se basant sur cette réglementation Agri Ethique conserve de nombreux espaces d’interprétations, qui lui permettent d’interroger les projets, de questionner les acteurs, de valoriser leur intelligence collective, leur expertise du terrain. Cela lui permet de trouver des solutions adaptées à des problématiques chaque fois différentes, là où un cadre plus strict pourrait limiter les possibilités.

 

 Ainsi Jean-Luc Poisson a : « l’impression de contribuer à la mise en place un peu d’un nouveau modèle agricole, très modestement parce que c’est au niveau d’Agri Ethique ». En effet, Agri Ethique souhaite remettre l’agronomie au cœur des projets tout en ayant une vision globale des systèmes. Jean-Luc Poisson émet des réserves vis-à-vis d’un fonctionnement très dirigiste du conseil en agriculture. En donnant sa confiance aux agriculteurs, métier ô combien complexe, elle affiche une volonté forte de s’éloigner des cahiers des charges pour privilégier la réflexion et la co-construction de projets globaux. Toutefois notre interlocuteur nous alerte, il est selon lui fondamental de ne pas oublier le pilier économique lorsque l’on parle d’écologie et de transition : « Il faut aussi trouver l’équilibre [économique], c’est en cela que c’est encore une approche système, on doit trouver l’équilibre par rapport à des coûts de production. »

L’agronome, animateur des débats

Pour Jean-Luc Poisson, l’ingénieur agronome est avant tout un scientifique capable d’appréhender le complexe et plus encore de le rendre intelligible. En cela, « il a une responsabilité à exercer au quotidien d’un point de vue professionnel en s’emparant de la gestion du complexe et en donnant du sens et en proposant des approches alternatives. Et en refusant peut être certains projets en disant, non j’irais pas là parce que pour moi c’est pas porteur de sens, c’est pas porteur d’intérêt général ». Cette responsabilité dépasse le cadre professionnel : « à titre personnel oui je pense qu’il faut qu’il soit engagé dans la vie politique. Il y a plein de façon de le faire, cela peut être au travers d’un mandat politique […] mais je pense que [les ingénieurs agronomes] le sont plus au travers d’ONG ou de mandants associatifs ».

En permettant aux élus de s’approprier des notions complexes, il leur permettrait de prendre des décisions saines, réfléchies, globales. L’ingénieur agronome doit donc également être capable  de s’adresser aux décideurs et en particulier au politique. En ce qui concerne ce dernier Jean-Luc Poisson déplore le manque d’agronomes à leur côté.

Jean-Luc Poisson évoque également ses inquiétudes par rapport à la polarisation de la parole scientifique : « il y a de plus en plus peut être la facilité ou la tentation peut être même pour des agronomes, des scientifiques de défendre aussi une opinion, alors ils ont le droit d’avoir des opinions, […] mais il faut aussi tout mettre en perspective et ça ne peut pas être que « je ne retiens que ce qui m’intéresse » parce que j’ai cette opinion en tant qu’agronome ou scientifique et je ne vais pas reconnaitre qu’il y a aussi d’autre approches possibles ». Dans ce contexte tendu, l’ingénieur agronome ne doit pas être un simple relais s’opinion, mais au contraire faire entendre une voix scientifique qui s’appuie sur les faits, pour donner à nouveau du sens au débat : « Je crois que c’est la tendance de la société, c’est qu’il manque un espace de confrontation, de débat, de dialogue sain et je trouve que les agronomes devraient être les animateurs de ce débat. » Plutôt orienté à gauche, Jean-Luc Poisson ne laisse pas ses propres opinions le freiner : « Je suis surtout capable de parler avec tout le monde, des gens qui soient capables d’être dans l’opérationnel et surtout dans l’intérêt général ».

C’est ainsi que l’ingénieur pourra s’inscrire dans une transition, que Jean-Luc Poisson définit comme : « piloter et penser des systèmes de productions qui vont s’appuyer sur des fonctionnalités et des interactions qui sont offertes par les écosystèmes ». Il s’agit encore une fois d’avoir une vision globale des systèmes pour que les décisions prises sur une exploitation agricole et plus largement sur un territoire : « permettent au maximum de réduire les externalités négatives. Les impacts négatifs du système ».

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