Christine et Weather Force, son juste équilibre entre sphère privée et sphère professionnelle

Christine David, Co-fondatrice de Weather Force

Ecrit par Camille ARNOULT  et Margot ALEXANDRE

Crée il y a seulement deux ans, Weather Force est dirigé par Christine David et son mari Pascal Venzac et compte déjà une dizaine de collaborateurs. Cette start up  est née d’une idée commune qu’ils ont eue lorsqu’ils travaillaient encore à Météo France. Leur relation particulière est une force cependant Christine reste vigilante afin que vie professionnelle et vie privée ne se mélangent pas.

A deux pas de Palais de Justice, un bâtiment partagé entre style traditionnel Toulousain et moderne se dresse devant nous, adossés aux briques roses, des personnes échangent cigarettes mais aussi idées. Au-dessus de cette agitation se dresse le drapeau du Village by CA, l’incubateur de start-up en abrite une cinquantaine dans un espace de plus de 2 300m². Après un hall assez simple une autre porte donne accès à un grand espace de vie. Neufs et très design les locaux offrent un aperçu de ce que peut être la vie des start-uppers. Ce lieu de travaille commun lumineux se dessine en plusieurs parties assez originales, des grandes tables pour manger et boire un café, des petites niches pour travailler, une salle de fitness et un babyfoot pour se détendre et même une table de ping-pong en guise de salle de réunion. Nous voilà dans un lieu jeune et branché où l’on redéfinit les codes du travail.

Au premier étage, à droite et à gauche d’un long couloir, on distingue sur des portes vitrées les logos de chaque start-up. Derrières celles-ci se trouvent ces petites entreprises qui font l’innovation de demain. Derrière deux d’entre elle, Weather Force, la start-up s’organise avec un petit bureau où sont disposées deux tables, il s’agit du bureau des deux fondateurs Christine David et Pascal Venzac qui sont aussi mariés. Juxtaposé à ce bureau le second bien plus grand accueille la totalité des dix collaborateurs et des stagiaires de cette petite entreprise âgée de seulement 3 ans. Ceux-ci sont regroupés en îlots, sur un des murs derrière eux est placardée une grande affiche avec le logo de Weather Force et sa devise Weather for Humanity. A travers celle-ci on devine les valeurs et la mission de l’entreprise, développer des écosystèmes locaux qui vont recueillir et gérer des données météo dans les pays en voie développement. L’ambiance est studieuse mais chacun va et vient à sa guise, on aperçoit également dans un coin une machine à café, le tutoiement est de rigueur entre collaborateurs mais aussi avec les fondateurs.

Un emploi du temps chargé

13h30 Christine a à peine le temps de manger, qu’un rendez-vous par Skype avec le Népal l’attend. Elle doit discuter d’un nouveau projet à mettre en place là-bas. Tout juste le temps de finir son rendez-vous et de sortir prendre l’air cinq minutes que la présidente de Weather Force à une autre réunion cette fois-ci avec quatre de ses collaborateurs dans une salle réservée à l’avance. Le sujet du jour est annoncé par Christine, le débriefing d’une mission en Côte d’Ivoire et l’annonce de nouveaux clients et de leurs besoins. Christine est revenue il y a deux semaines d’un voyage en Côte d’Ivoire alors que Pascal était encore en déplacement. Les deux fondateurs voyagent beaucoup pour leurs projets et rencontrer les équipes sur place.  L’ambiance est détendue autour de la table mais les acteurs ne s’égarent pas sur d’autres sujets. Christine conduit la réunion, qui n’était pas forcément préparée, mais chaque personne présente apporte ces idées et contribue aux échanges sur des points qui lui semble importants. La co-fondatrice écoute attentivement les avis et les propositions de chacun.

« J’ai vécu ça, le fait que si l’idée ne vient pas d’en haut, ce n’est pas une idée, et ça ce n’est pas possible, ça ne peut pas fonctionner »

 

Une idée pas tombée du ciel

Après s’être reconverti professionnellement à 30 ans en reprenant ses études dans le commerce international Christine a passé 12 ans à Météo France International. Cette ancienne responsable marketing a créé en 2016 Weather Force avec son mari Pascal Venzac, ancien directeur marketing de Météo France. Weather Force se veut multisectorielle : agriculture, santé, aérospatial sont les trois domaines clés de la start-up.  Ces deux anciens collègues avaient tous deux la même idée en commun, celle d’apporter des solutions pour les entreprises météo sensibles dans des pays où il n’existe pas de données : « L’objectif initiale est de développer des écosystèmes locaux et développer des économies locales dans les pays en voie de développement ». En effet l’idée est venue d’un retour d’expérience, Pascal qui avait déjà travaillé à l’international s’est rendu compte que Météo France faisait beaucoup d’offres pour les professionnels mais pas dans les pays en développement. De son côté Christine gérait des projets de modernisation de services météo nationaux dans les pays en voie de développement. Elle constatait qu’au bout de cinq ans à cause de manque de financement les projets étaient finalement abandonnés et aucun service pour les professionnels n’étaient proposés. Au départ Christine avait l’objectif de développer cette idée au sein de météo France cependant elle reçut une fin de non-recevoir. La co-fondatrice n’a jamais eu l’envie « d’entreprendre pour entreprendre » mais elle a été portée par cette idée qui lui tenait à cœur. Son soudain changement a aussi permis de développer une autre envie comme elle le dit ici : « On est arrivé à un âge où on avait l’envie d’être aux manettes. De vraiment prendre les décisions ». Pascal quant à lui avait envie d’entreprendre depuis un moment avant même d’avoir eu une idée précise. Ensemble ils sont complémentaires, il s’agit d’une direction à deux têtes, Christine s’occupe de superviser le commercial et le management interne et Pascal se charge plutôt de la partie financière.

 

 

 

« Et puis le projet, j’y croyais tellement, je me suis dit  » il faut qu’on se lance ». »

Une relation fusionnelle dans tous les domaines

Au fil de l’entretien on s’aperçoit que leur relation est très importante pour porter et développer le projet. Christine et Pascales sont très fusionnels, en plus d’être associés et mariés, ils partagent en plus une passion commune : la course. Ensemble ils ont préparé le semi-marathon de Blagnac l’année dernière, amusée Christine nous avoue qu’ils font beaucoup de choses ensemble « C’est peut être ça le secret, et surtout on ne s’en lasse pas, ce n’est jamais un poids »

Dans la start-up leur lien est une force, Christine déclare : « Les décisions se prennent à deux mais c’est hyper fluide. On a la même vision, mais c’est peut être aussi pour ça qu’on s’est mariés. Mais même avant ça, on s’est rencontré professionnellement ». En effet pour la co-fondatrice la connivence professionnelle est un pilier de la start-up. Connivence que Pascal et Christine ont eu aussi avec Julien, premier collaborateur de Weather Force. Celui-ci va même les rejoindre dans le capital prochainement, il participe d’ores et déjà aux prises de décisions de l’entreprise. Pour Christine David il est très important pour l’équipe de base de se connaitre professionnellement et de partager les mêmes valeurs, la même vision du travail.

 

Une vision du travail basée sur leurs expériences passées

Les fondateurs de Weather Force n’imposent pas de règles aux autres collaborateurs, ils demandent une adhésion au projet et une bonne dynamique. Christine et Pascal ont connu les contraintes de salarié « Je n’ai pas créé une boîte pour faire du flicage, je l’ai subis ». Pour la co-fondatrice l’intelligence collective est une notion clés dans la start-up. Tout le monde est légitime pour proposer des choses, Christine le dit elle-même, elle n’est pas la seule à avoir des idées. Elle se confie « J’ai vécu ça, le fait que si l’idée ne vient pas d’en haut, ce n’est pas une idée, et ça ce n’est pas possible, ça ne peut pas fonctionner ».  Les collaborateurs ont aussi des horaires libres qu’ils choisissent. Ils adaptent leur planning mais ils doivent être impliqués et à la fin le travail doit être fait. Christine a appris à gérer des équipes mais aussi à être polyvalente. Mais être chef d’entreprise aujourd’hui a permis à Christine de s’épanouir et de se redécouvrir. (Vidéo)

Christine ne veut pas que ces collaborateurs travaillent trop pendant la semaine et interdit le travail le week end. « On peut avoir une période de rush mais ça ne peut pas être le quotidien, on se tue quoi ». La présidente de Weather Force est très vigilante la dessus, elle a peur des conséquences qui pourraient en découler comme une démobilisation générale. L’autre raison qu’elle avance est qu’il faut vivre autre chose, avoir sa vie privée en dehors du travail.

 

 

« Tout le monde est aussi légitime l’un que l’autre pour proposer des choses. Je ne suis pas la seule à avoir des idées, et il faut accepter que les idées des autres soient parfois super biens.  » 

Un enjeu principal pour Christine : concilier vie de famille et vie professionnelle

Délimiter la sphère privée de la sphère professionnelle est indispensable pour ces deux anciens de Météo France. Les fondateurs et les collaborateurs ne se voient pas en dehors du travail. Ils leur arrivent d’aller boire un verre pour un évènement mais après 19h tout le monde est rentré chez soi. Christine a besoin de se ressourcer auprès de ses enfants, d’avoir des moments à elle, où elle n’est pas au bureau. Pascal et Christine ont une famille recomposée de cinq enfants dont le dernier n’a encore que huit ans. Au commencement c’est à eux qu’ils ont présenté le projet en premier et les implications qu’il aurait sur leur vie de famille. En effet les deux co-fondateurs qui travaillaient à Météo France vivaient avec une certaine aisance, des revenus réguliers qu’ils ont quittés pour quelque chose de moins « sûr », moins bien payé mais plus prenant intellectuellement. Cependant cette idée a été accueillie avec joie et fierté. Leurs enfants les ont soutenus malgré certaines conséquences comme le fait de pouvoir moins partir en vacances ou de faire plus attention au budget. Cependant cela a eu aussi un impact positif sur leur vie de famille, ils sont notamment plus présents « Quand ils ont besoin on est là. Par exemple le petit a été malade dans la nuit de dimanche à lundi, je suis allée le chercher le 11h le matin et ça n’a pas de prix. Je n’avais de compte à rendre à personne pour le faire ».

Néanmoins étant mariés ils ont pu avoir des difficultés au début à concilier vie de famille et développement de leur start-up, avant de mettre certaines barrières. Lorsqu’elle a une idée  Christine a envie d’en parler à son associé car il est toujours présent à ses côtés cependant ils ont fini par instaurer des règles. Ils commencent à parler de boulot une fois le petit déposé à l’école le matin : là la journée de travail commence. La co-fondatrice nous explique la nuance et la vigilance à avoir « Par contre quand on réfléchit à un truc, on peut échanger mais il faut faire attention que ça prenne pas le pas sur la partie privée. »

L’avenir de Weather Force

A l’avenir Christine et Pascal espèrent être implantés dans un maximum de pays à commencer par avoir un pied dans chaque continent d’ici un à trois ans maximum. Et à plus long terme de développer des entités locales à l’étranger et de compter 100 à 200 personnes dans l’entreprise « On a vraiment une place à prendre car actuellement  de très grosses structures travaillent dans leurs coins et n’ont pas la vocation d’avoir un impact positif sur l’écosystème dans lequel ils travaillent ».

 

 

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