Modéliser des interactions biologiques dans un modèle numérique

Remi Peyraud, Co-fondateur de I-mean

Ecrit par Ralph Elskaff, Benjamin Sakoun et Thomas Berthault

C’est au cours de son post-doctorat que Rémi Peyraud décide de créer son entreprise. Avec son collaborateur, Lucas Marmiesse, ils ont réfléchi sur un concept innovant en France, mais également sur l’aspect général de l’entreprise. Un concept novateur, un réseau en acier, une vie de famille équilibrée, Rémi nous explique comment tout ce qu’il entreprend est lié à iMean.

Une équipe complémentaire

Le temps, d’après Rémi Peyraud, cofondateur, et président de l’entreprise iMean, est l’une des ressources les plus précieuses qu’un entrepreneur peut posséder. Ce jeune père de 2 enfants est fraîchement entrepreneur. D’une idée partie sur un coup de tête, le projet d’entreprise est mûrement réfléchi et en pleine cohérence avec son parcours.

Rémi a fait 10 ans de recherche académique en biologie, chimie et biotechnologie à Paul Sabatier. Il a fait sa thèse à l’université ETH Zurich pendant 4 ans sur la biologie de systèmes et notamment sur le couplage entre modélisation d’organismes vivants et modélisation mathématique. Sa thèse s’est terminée en 2012. Pendant 6 ans, il a réalisé son post-doctorat à l’INRA dans le département du LIPM (Laboratoire des Interactions Plantes Microorganismes).

 

Au LIPM, Rémi rencontre Lucas. Celui-ci a une formation davantage orientée en informatique. Au cours de leurs échanges (à la machine à café par exemple). Ils se sont rendu compte d’un grand potentiel en matière de modélisation d’interaction plante-microorganisme.

Lucas a des compétences en mathématique. En 2013, il a commencé sa thèse en partenariat avec l’INRA de Toulouse en modélisation de systèmes biologiques, biostatistiques et développement de logiciel. Fanny a été recrutée dès le début. Elle a des compétences en biostatistiques avec un doctorat terminé en 2017. L’entreprise se compose donc dès sa création de Rémi, Lucas et Fanny. Ces trois personnes ont des profils très complémentaires et un rôle spécifique au sein de iMean.

iMean : un concept innovant

Le but de iMean est de trouver des solutions a des problèmes, a des contraintes, notamment du fait de l’utilisation de ressource fossile, l’utilisation des pesticides, chimie de synthèse qui est complètement dépendante du pétrole, et cela à travers la mise en place d’une chimie verte grâce à la biotechnologie et la microbiologie industrielle. Des microorganismes qui vont pouvoir produire de manière durable et responsable les molécules chimiques dont on a besoin. La mission de iMean, « c’est de trouver des alternatives pour la mise en place d’un développement durable que ce soit au niveau de l’agronomie ou de la chimie ».

Pratiquement, le produit de iMean est de délivrer le design d’organisme industriel le plus performant et le plus robuste possible dans un processus. 

 

 

             Cette startup très nouvellement fondée il y a 7 mois, est localisée de par son partenariat avec TWB dans les locaux de cette dernière qui se situe a 3 rue Ariane, Bâtiment NAPA Center B, 31520 Ramonville-Saint-Agne.

L’organisation du travail entre Rémi, Lucas et Fanny est très bien définie, sachant que dans l’entretien avec Rémi on a remarqué l’importance accordée à « l’intelligence collective » et le fait d’arriver à un consensus avant toute initiative. Cette communication interne est justifiée par la présence de deux cofondateurs, donc Rémi et Lucas qui se trouvent au même niveau en termes de direction, dans le sens où chacun possède la moitié du capital de l’entreprise. En termes de gestion, Rémi qui est le président gère toute la partie en relation avec la communication extérieure, ressource humaine, prospection commerciale et pilotage de la Recherche et développement. Et Lucas étant le directeur général, effectue les tâches en relation avec le développement technologique, le suivit de la production selon le standard de production et direction financière. Ainsi que Fanny qui se charge de tout ce qui est modélisation d’un point de vue biostatistique des organismes vivants et développement durable. 

 

 

« Bref à la fin, tant bien que mal on arrive à un site web qui fonctionne à peu près mais il n’y pas de services vers les pros. Mon truc c’est de dire « mais c’est pas possible qu’on puisse ne rien proposer » »

Le moteur de l’entreprise : l’innovation

#Innover

Innover, aller de plus en plus loin dans la complexité d’un système, répondre à une problématique avec de nouvelles méthodes, toutes ces notions étaient présentes dès le début chez Rémi. Par son parcours professionnel, il intègre les thématiques de biologie des systèmes, microbiologie et chimie.
Le concept de l’entreprise, Rémi et Lucas y ont réfléchi à la suite de leurs travaux respectifs. Rémi, par exemple, travaillait sur l’interaction plantes/micro-organismes. En approfondissant de plus en plus la complexité de cette interaction, il s’est rendu compte d’un manque d’outils de modélisation dans le domaine.

« Il y avait très peu ou aucune modélisation qui était conduite de manière à l’échelle du génome en mode biologie des systèmes et alors même que ce sont ces méthodes qui permettent le mieux d’appréhender la complexité »

Au-delà de répondre à une lacune dans le domaine de la modélisation en biotechnologie, ce qui motive nos protagonistes sont le fait de s’aventurer dans un domaine vierge où ils peuvent innover à leur manière, sur un thème qui les intéresse (plantes, micro-organismes) et intégrant des applications en agronomie en adéquation avec l’environnement.
« Il y a clairement une volonté d’aider à trouver un modèle qui soit plus respectueusement de l’environnement, qui soit viable économique et puis de nourrir la population et de voir une transition vers un modèle un peu plus pérenne, un développement un peu plus durable sans aller forcément vers de la chimie »
Ce qui nous a marqués au cours de l’entretien, c’est leur lucidité en termes des menaces et opportunités de l’entreprise et comment ils réussissent à les gérer.

Le réseau : pilier de l’entreprise

 

Conscient de ses faiblesses et des points clés qui lui manquent, Rémi a su s’entourer d’un réseau de collaborateurs qui lui a permis d’accélérer énormément la vitesse de développement de l’entreprise. Sa stratégie était de s’encadrer au niveau de la biotechnologie et la microbiologie industrielle qui les a conduits assez rapidement vers TWB (Toulouse White Biotechnology). Rémi a vu le potentiel et le profile « parfait » que présente cet organisme pour ses projets de par le support apporté via l’INRA à travers les offres de service, et surtout par l’avantage qu’ils peuvent apporter à une startup nouvellement crée, qui se présente par le fait d’avoir des informations de contacts du marché de la biotechnologie. Il faudrait bien préciser que TWB se présente comme étant un démonstrateur tissant des liens entre la recherche fondamentale et le monde industriel. Il propose des projets de R&D collaboratifs publics/privés ainsi que des prestations de service. Les projets sont basés sur un véritable continuum d’expertise au service de l’innovation. En gros TWB joue un rôle d’accélérateur du transfert d’innovation. Grâce à ce réseau, Rémi pense avoir réussi à « Booster » très rapidement iMean puisque cela leur a permis de limiter énormément les pertes de temps causer par des recherches pouvant être fournies directement par TWB. « En venant à TWB on a gagné mine de rien 6 mois à 1 an en termes de prospection ». D’où l’importance de s’entourer d’un réseau professionnel déjà constituer et qui donne à l’entreprise une visibilité.

 

 

«Il faut prendre conscience dès le début qu’on ne sait pas tout faire, et par suite savoir s’encadrer afin de gérer la diversité et complexité des différents domaines dans une startup»

 

#Partage#Experience

iMean a rejoint aussi Agri Sud-Ouest Innovation, qui est une structure assez similaire que TWB, et qui permet de même d’avoir accès a des contacts avec des semenciers. Ils ont envoyé une demande pour rejoindre « Nubbo », qui est l’un des meilleurs incubateurs en Occitanie, qui permet d’avoir une grande visibilité, une reconnaissance au niveau des institutions de la région, ainsi qu’un soutien au niveau du développement de startup. De plus, on peut constater un soutien économique très important de la part de la femme de Rémi, qui se caractérise par une aide financière « énorme » qui a était essentiel à la fondation de la startup, étant elle-même actionnaire de la boite. Ainsi qu’un soutien au niveau de la gestion, car avec sa formation en école de commerce elle apporte sa vision sur le management de l’entreprise.
Ainsi, cette philosophie de bien s’entourer adopter par Rémi nous permet de constater l’importance d’un accompagnement bien adapté, par rapport à la pérennité d’une entreprise et sa vitesse d’évolution.
Après avoir effectué dix ans de recherche académique, et en étant très fort sur tout le côté technique, Rémi avoue ne pas avoir les compétences suffisantes au niveau du commerce, et même en ayant le meilleur produit au monde, si ce produit ne correspond pas à la demande du marché, ce produit ne servira à rien.
« Il faut prendre conscience dès le début qu’on ne sait pas tout faire, et par suite savoir s’encadrer afin de gérer la diversité et complexité des différents domaines dans une startup »

Un équilibre à trouver, adaptabilité et réactivité

Pour Rémi, I-mean étant une startup d’à peine 7 mois, et comme toute entreprise qui vient juste d’être crée, elle a besoin de beaucoup d’investissement et d’effort de la part de ses fondateurs, « on arrive vite à 60 heures par semaine, et trouvé un équilibre entre famille et entreprise n’est pas évident, c’est difficile… ».
Par suite, Dr Rémi a décidé de définir ses priorités en mettant sa famille avant l’entreprise. C’est un choix qui limite beaucoup ses heures de travail au sein de l’entreprise (le format traditionnel d’horaire) et favorise le télétravail et le travail le soir. Ce choix se voit parfaitement à travers ses actions et son quotidien, qui commence chaque jour par le fait de lever ses deux enfants à 7h30, les amenait chez la nounou à 8h30… En effet, Rémi Peyraud pense que si cela se passe mal au niveau personnel, cela affectera l’entreprise et il s’est fixé pour objectif de trouver un équilibre entre les deux.
Rémi a non seulement réussi a satisfaire les deux parties de la balance, mais il a fait aussi preuve d’adaptabilité et de réactivité face aux différents problèmes rencontrer et notamment les problèmes financiers. En effet, l’argent est un facteur omniprésent en entrepreneuriat, et Rémi et Lucas en sont conscients. Ils ont différents leviers dans lesquels ils agissent afin de réguler leur trésorerie.
Tout d’abord au départ, ils ont investi à eux deux 64 000 euros dans l’entreprise. Cette somme a été obtenue par leurs économies personnelles, la compagne de Rémi, et également un prêt à la banque de 6 000 euros. Les banques prêtent peu aux startups de service, car elles risquent davantage en cas de liquidation judiciaire.
L’entreprise peut également compter sur les prêts d’honneur. Ce sont des prêts que Rémi et Lucas ont obtenus à l’issue du prix lauréat du « réseau entreprendre ». Ils ont pu débloquer 15 000 euros chacun qu’ils vont investir directement au sein de l’entreprise. Ce type de prêt est très utile, mais il prend du temps à obtenir, en comparaison aux prêts obtenus par la famille.
Les subventions représentent également un gros atout financier. Ils ont reçu 58 000 euros de la banque publique d’investissement au mois de mars.

 

 

Enfin les contrats sont la source la plus durable de revenus. Ils ont obtenu un contrat avec un semencier d’une valeur de 45 000 euros dernièrement.
Leur plus gros concurrent américain par exemple a eu un prêt de 500 millions d’euros, ce qui n’est pas du tout la même échelle.
Avec toutes ces sources de financements, Rémi et Lucas ne se rémunèrent que raisonnablement afin de pouvoir subvenir à leur besoin, sans pour autant abaisser fortement les ressources de l’entreprise. À l’image d’un système complexe, la vie privée et la vie professionnelle sont liées. Si l’un ne va pas, l’autre est impacté également. Rémi et Lucas font donc l’effort de gérer les deux aspects.
En termes de gestion de trésorerie, ils vont alterner de l’équipement, mettre de l’argent de côté, ou investir dans le marketing. D’autre part, Rémi et Lucas ne rencontrent pas réellement de concurrence en France. Cependant, ils sont conscients qu’une société américaine, « Ginkgo Bioworks », arrive bientôt sur le marché français. I-Mean mène alors une véritable course contre la montre, entre stabilité, visibilité et performance.
Pour conclure, ce qui ressort de cet entretien, c’est leur recul sur tout ce qui concerne leur entreprise, bien que cette dernière soit récente. Ils vont utiliser un maximum de ressources dans tous les domaines et sont conscients des avantages et inconvénients de chacun. Leur réactivité et leur adaptabilité nous ont également marqués. Un problème est rapidement identifié et différents moyens sont mis en œuvre pour le résoudre. Que cela concerne leur vie de famille, leur réseau ou leurs financements.

Retrouver Weather Force ici: 

Continuer à découvrir les portraits…

Pour concilier vie professionnelle et personnelle, vous êtes prêt à :

Travailler seul, en bénéficiant du soutien de ma famille

M’engager avec ma famille dans l’entreprise

Je sais pas encore. Je voudrais avoir des conseils

Découvrir notre projet