Thomas Laurent

 

 

Micropep

Thomas Laurent, co-créateur de l’entreprise Micropep Technologies, possède déjà, à seulement 35 ans, plusieurs expériences dans le monde de l’entrepreneuriat. La soif d’entreprendre qui le caractérise est également accompagnée d’une forte envie de réussir. Cette ambition est décelable à travers les projets qu’il cherche à mettre en place au sein de Micropep Technologies (recrutement massif de salariés au cours de l’année 2018, levée de fonds importante, développement à l’international déjà envisagé …). Rencontre avec un entrepreneur dans l’âme, dont l’envie de créer et de développer une entreprise constitue le fer de lance de sa carrière professionnelle.

Thomas Laurent, dans les bureaux de Micropep Technologies.

Crédit photo : Benoît Piccione

Longeant le Canal du Midi par une belle après-midi de mai, nous tombons sur le bâtiment de Toulouse White Biotechnology . Sa façade austère,  aux premiers abords assez rebutant, a bien des airs de laboratoires de recherche. C’est ici que Micropep Technologies, une Start Up faisant l’objet de notre visite,est hébergée. Au moment de rentrer dans ce bâtiment sécurisé par un interphone, nous comprenons que ce manque d’esthétisme de la façade cache en réalité de véritables secrets professionnels. Thomas Laurent, co-fondateur de Micropep Technologies, vient à nous dans le hall et nous accompagne dans son bureau pour discuter de son parcours.

« J’ai pris pas mal de cours orientés stratégie et entrepreneuriat » 

Après deux années en classe préparatoire, Thomas Laurent intègre l’ESSEC (Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales, PARIS), une grande école de commerce. Son parcours scolaire l’amène rapidement à s’intéresser à l’entrepreneuriat notamment grâce à l’un de ses professeurs de l’ESSEC, qui, fort de son succès de création d’entreprise, stimule l’envie de Thomas Laurent de réussir un tel projet. «J’ai pris pas mal de cours orientés stratégie, entrepreneuriat et un peu finance […] j’ai été assez marqué par des cours là-bas d’un prof qui était très bon […] j’avais noté qu’il avait travaillé d’abord en conseils avant de se lancer dans l’entreprenariat ». Il est notamment intéressé à l’époque par le marketing sportif. Cependant, par manque d’expérience professionnelle, il décide une fois diplômé de travailler quelques années au sein d’un cabinet de conseil sur Paris. Cette expérience lui permet de renforcer ses compétences en stratégie d’entreprise et en études de marché mais également de se constituer un capital qui lui servira plus tard à lancer ses projets d’entreprise. Lors de cette première expérience professionnelle, il traite des dossiers sur des sujets extrêmement variés (prothèse de hanche, fenêtre, camion frigorifique ….) ce qui attise sa curiosité dans divers domaines.

Sa vie privée joue également un rôle important dans sa trajectoire professionnelle. En effet, sa femme, chercheuse en génétique quantitative et diplômée de l’ENSAR (Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes) a grandement participé à leur migration sur Toulouse : «elle a eu deux opportunités de travail sur Clermont Ferrand et Toulouse, on a choisi ensemble de venir s’installer dans la ville rose ». En effet Thomas Laurent, souhaitant se lancer dans un projet d’entreprise en association avec son beau-père résidant sur Toulouse, le couple a décidé de déménager en Midi Pyrénées : il démissionne donc de son cabinet de conseil parisien en 2012.

« J’ai toujours eu envie depuis l’ESSEC de monter une entreprise […] et j’ai une appétence pour l’environnement et ses enjeux. »

« Moi la chance que j’ai c’est que ce n’est pas ma première société »

Son premier projet entrepreneurial cible le domaine des éoliennes à destination des professionnels. Il intègre ainsi en 2012 un incubateur de start Up en Midi-Pyrénées .Cependant, faute de financement, le projet ne voit jamais le jour. Cette première expérience a néanmoins permis à Thomas Laurent d’enrichir son réseau.
En 2013, suite à la lecture d’un article de presse sur l’agriculture urbaine, il s’intéresse à ce domaine : « J’ai lu un article sur Les Echos en 2013 sur une ferme urbaine qui s’était développée au Canada […] je trouvais l’idée sexy car je ne viens pas d’un milieu agricole. Je trouvais ça sympa de faire venir un peu de nature en ville ». Une opportunité de créer une entreprise dans ce secteur se présente alors suite à une rencontre avec une personne spécialisée dans ce domaine. Ensemble, ils s’associent et fondent cette année-là Macadam Gardens, une entreprise d’agriculture urbaine toujours en activité produisant des fruits et légumes sur Toulouse. Néanmoins après quelques temps, Thomas Laurent décide de se retirer « En 2013, pour des raisons financières, je n’avais plus de chômage, qui est quand même le premier subventioneur de l’entrepreneur, et puis aussi parce qu’on n’était pas tout à fait en ligne sur la façon d’intégrer au capital un troisième associé […] j’ai décidé finalement de me retirer. Ce qui était je pense une bonne décision parce qu’ils font du bon travail ». Il retourne alors travailler en tant que consultant sur Paris.

Un des laboratoires communs du démonstrateur pré-industriel Toulouse White biotechnology, où est actuellement installée l’entreprise Micropep Technologies.

   Crédit photo : Benoît Piccione

Un an plus tard, la Société d’Accélération du Transfert de Technologies de Toulouse (SATT) le contacte pour occuper le poste de responsable de développement dans le secteur des technologies vertes.« J’ai été approché par la SATT […] qui a été montée par Pierre Dufraine, l’ancien président de l’incubateur Midi Pyrénées ; Pierre me connaissait un peu de par mon passage dans l’incubateur pour le projet de l’éolienne ». Il accepte cette proposition et retourne ainsi travailler en région toulousaine. Cet organisme soutient à l’époque une découverte d’un chercheur toulousain (Jean-Philippe Combier, rejoint plus tard par un autre scientifique Dominique Laurresergues) publiée dans Nature en 2015. Ces deux chercheurs de l’INRA et cet institut, bénéficiant de l’exclusivité de l’utilisation du brevet émanant de leur découverte, prévoient de créer une entreprise privée pour développer cette technologie verte : des micropeptides capables de potentialiser le rendement agronomique de la plupart des plantes d’intérêt alimentaire en influant sur la régulation de leurs gènes (sans utilisation de pesticides chimiques ou d’OGM). Thomas Laurent, désirant se lancer dans un troisième projet entrepreneurial, saisit cette opportunité et postule en interne à la SATT, pour s’associer aux chercheurs. « J’avais envie de repartir créer quelques chose. J’ai candidaté en interne pour avoir l’autorisation et l’opportunité de travailler sur le projet. Ça a été accepté ». Il intègre ainsi l’équipe en 2016. «J’ai eu le luxe cette fois ci de pouvoir passer quelques mois en tant que salarié de la SATT à me pencher un peu plus sur le sujet » avant de démissionner quelques mois plus tard de cette structure. Lauréat du Concours Mondial de l’Innovation de Bpifrance et soutenue par un investissement de 750 000 euros de la SATT, l’entreprise Micropep est fondée en avril 2016. Elle s’installe dans les locaux de Toulouse White Biotechnology, un démonstrateur pré-industriel (sous la tutelle de l’INRA, de l’INSA TOULOUSE et du CNRS) dont l’objectif est de faciliter le transfert de technologies entre le secteur public et privé.

L’ensemble de ces projets montre l’intérêt que porte Thomas Laurent pour l’entrepreneuriat. « Concernant mes deux premières expériences […] je n’ai pas perdu d’argent, j’ai appris beaucoup de choses et je me suis fâché avec personne, ce qui est déjà pas mal (rires) ». Le challenge que représente la mobilisation de moyens matériels, financiers et humains nécessaire à la création d’une entreprise lui plaît particulièrement. « Quelque chose qui m’intéresse intellectuellement, c’est l’entreprise». Ces expériences lui ont permis d’apprendre de ses erreurs et d’améliorer la phase de lancement de chaque nouveau projet. Il est tout de même conscient de ne pas être à l’abri de nouvelles erreurs tout en défendant les prises de risque nécessaires au développement de son entreprise.

Les motivations de Thomas Laurent : l'envie d'entreprendre et l'environnement.

Salle de stockage des produits consommables des laboratoires de Toulouse White Biotechnology.

Crédit photo : Benoît Piccione

« J’ai appris à être assez curieux pour comprendre des choses complexes […] c’est une compétence que j’ai acquise dans mes expériences en conseil et stratégie »

Le secteur d’activité de Micropep était au début un domaine bien étranger à Thomas Laurent, qui ne possédaient que peu de connaissances dans le domaine des biotechnologies. Cependant sa curiosité lui a permis de comprendre les tenants et les aboutissants des travaux scientifiques réalisés (ou en cours de réalisation) des deux chercheurs. Pour Thomas Laurent, il est important d’être au courant des avancées technologiques et scientifiques de l’entreprise mais aussi de se tenir informé des recherches en cours dans le domaine, afin notamment de potentialiser sa communication d’entreprise dans les médias. Ces connaissances sont également indispensables pour convaincre d’éventuels investisseurs à financer le projet porté par Micropep et pour échanger avec d’autres partenaires.

« Une étape clé et primordiale était de convaincre des investisseurs de financer la société »

Comme évoqué précédemment, le premier financement important dont a bénéficié Micropep émanait de la SATT de Toulouse. «La SATT a très fortement soutenu dès le début  […] et a investi près de 750 000euros entre 2012 et 2015 en portefeuille de brevet et en programme de maturation ». Cependant les travaux de recherche étant particulièrement coûteux, Thomas LAURENT, fort de ses compétences commerciales, a dû chercher d’autres sources de financement pour assurer la pérennité de l’entreprise. Il a ainsi réussi à obtenir 4 millions d’euros d’une société française de capital-risque (Sophinnova-Partners) et d’une société d’investissement en capital (Irdi Soridec Gestion).« Ce sont des investisseurs aux capitaux risques qui connaissent ce type de contraintes de projet sur plusieurs années ». Cet argent offre des perspectives de développement importantes pour l’entreprise. Il devrait notamment permettre de financer les premiers prototypes de micropeptides, mais également de recruter une douzaine de personnes d’ici la fin de l’année 2018. Thomas Laurent s’occupe en effet actuellement de la rédaction des offres d’emploi, qui sont dans un second temps validée par ses deux associés chercheurs. Outre la partie financière, Thomas Laurent s’occupe donc de la partie managériale de l’entreprise, mais également des parties administrative et juridique de cette structure. Il fait par exemple appel à un cabinet de chasseur de tête pour les postes nécessitant de l’expérience. Cela montre la volonté du co-fondateur à faire évoluer cette entreprise, afin que cette dernière prenne rapidement de l’ampleur.

Vue extérieure des bâtiments de Toulouse White Biotechnology, démonstrateur pré-industriel accueillant l’entreprise Micropep Technologies.

Crédit photo : Benoît Piccione

Vue intérieure du bâtiment de Toulouse White Biotechnology accueillant l’entreprise Micropep Technologies.

Crédit photo : Benoît Piccione

« Je souhaite que l’on se développe à l’international »

La mobilisation d’importants moyens financiers et humains permet d’expliquer la phase de croissance actuelle que connaît Micropep Technologies, mais sert également à nourrir les ambitions de Thomas Laurent et de ses associés. Les échéances à venir sont nombreuses, en lien avec les projets envisagés.
Dans un premier temps Thomas Laurent envisage de conserver Micropep Technologies en région toulousaine, mais de quitter le démonstrateur pré-industriel Toulouse White Biotechnology (regroupant de nombreuses start-up) pour installer physiquement l’entreprise dans des locaux privés d’ici deux à trois ans.
Il souhaite également dans le même temps développer le portefeuille d’investisseurs en poursuivant les recherches de fonds en France et en Europe afin de pouvoir financer les premiers prototype-produits. «Ma vision c’est que l’on s’occupe de ça a temps pleins pendant un an et demi/deux ans pour obtenir des résultats techniques  ». Enfin, Thomas Laurent ambitionne de développer l’activité à l’international cette technologie s’appliquant à toutes les plantes agronomiques d’intérêt mondial, telles que le soja, le riz ou encore le maïs. «  Ma vision c’est qu’on est sur des marchés qui ne sont pas seulement français, pas seulement européen. On a une technologie d’intérêt qui peut fonctionner sur différents types de problématiques ». Dans cette optique, il souhaite d’ici trois ans lever des fonds aux Etats-Unis et créer une antenne en Amérique du Sud, tout en conservant l’aspect recherche et développement ainsi que le siège social de Micropep Technologies sur Toulouse.

Afin de concrétiser ce développement à l’international, Thomas Laurent est déjà en contact avec des multinationales de l’agrochimie mais également avec des entreprises de tailles plus modestes. « On a approché des gros pour savoir s’ils étaient intéressés par des partenariats, sur quel thématique ils travaillent […] aujourd’hui avec ces technologies on peut faire tout un tas de choses, on peut potentiellement travailler sur toutes les espèces cultivées y compris les adventices pour faire faire tout ce que les plantes savent faire. […] le potentiel de cette technologie est énorme et je sais déjà qu’on n’aura jamais les ressources pour tout faire tout seul. ».
Ces relations révèlent les ambitions de Thomas Laurent, conscient de la richesse de l’innovation que lui et ses associés détiennent, alors que les premiers prototypes n’ont pour l’instant pas encore vu le jour. Il nous confie qu’il souhaite que son entreprise joue un rôle important dans les défis environnementaux à venir.

 
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Quelques conseils pour créer son entreprise

Thomas Laurent conseille à de futurs entrerpreneurs de s’intéresser en premier lieu au financement d’un projet d’entreprise (recherche de partenaires, de clients potentiels…). Dans cette optique, il affirme l’importance de participer à des concours de Start Up pour à la fois être connu et reconnu par des professionnels mais également pour obtenir de nouvelles sources de financement. Enfin, il suggère de savoir dire non à certaines sollicitations. La charge mentale d’un projet entrepreneurial étant très importante, il est important de pouvoir se garder du temps pour soi.

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