Thomas Devienne

 

 

 

Terreauciel

 

C’est en 2013 que Terreauciel fait ses premiers pas. À son initiative, Thomas Devienne, fraichement diplômé et animé par une vision optimiste du monde de demain, fait fi des structures classiques pour construire son propre modèle, sa propre vision du cadre de travail idéal. Terreauciel, c’est un peu le miroir de Thomas, et son histoire est marquée par ses valeurs : la simplicité, l’amitié, l’égalité, la tolérance et l’ouverture d’esprit, le sens du partage, le respect des autres et de son environnement. Voyage au centre de Terreauciel…

Bureau de l’équipe

Crédit photo : Emma Gourlez

Un sourire gêné, presqu’intimidé. Ni chemise, ni cravate, ni pantalon à pinces mais un pull à capuche aux cordons noués. C’est ainsi que, en bas d’un immeuble relativement moderne, nous accueille Thomas Devienne, ce jeune créateur et entrepreneur de 27 ans. Un style banal, jeune et décontracté, pour une réussite qui se veut discrète et qui ne s’étale pas. Pour parfaire cet archétype de l’écolo d’aujourd’hui et cette image qui nous vient spontanément à l’esprit quand on pense aux jeunes entrepreneurs de demain, des cadenas de vélos trônent sur l’unique bureau de la pièce. Ici, on est conscient de son impact environnemental et on se déplace en deux roues à la force des jambes.

Plantes ornementales au plafond

Crédit photo : Emma Gourlez

Les bureaux sont simples sans chichis ni extravagances. Seule originalité, des pots de fleurs designs accrochés au plafond comme flottant dans l’air, égayent la pièce de leur jolie couleur verte et rappellent les fonctions et orientations de l’entreprise. Terreauciel est, en effet, un bureau d’études spécialisé en agriculture urbaine et en paysagisme comestible.

Solidarité, Egalité, Responsabilité

Thomas Devienne dans le bureau de Terreauciel, route d’Espagne à Toulouse

Crédit photo : Emma Gourlez

 

#FuturMaraîcher

« J’ai toujours imaginé que je deviendrais maraîcher », nous confie spontanément Thomas. D’ailleurs, il projette d’ici quelque temps de quitter le bureau d’études pour réaliser son rêve et s’installer dans la Drôme. Finalement, une ambition à priori bien différente de celle de Terreauciel. Pourtant, dans les deux cas, on retrouve cette volonté motrice de « créer quelque chose qui ait du sens et qui fasse un peu avancer les choses », selon ses propres mots. Dans les deux cas aussi, cette conscience aiguë de l’empreinte de l’Homme sur son environnement et des enjeux contemporains de l’agriculture, dans une société qui tend à vivre une explosion démographique dans les prochaines années. Il s’agira, donc, de nourrir un homme toujours plus consommateur, avec des produits sains, sur une terre toujours plus peuplée et dont les ressources sont limitées. En bref, une volonté d’agir mais aussi de sensibiliser aux enjeux sociaux et environnementaux modernes: « nourrir le monde, gérer la fertilité des sols, la dépollution des sols, la dépollution des eaux » pour ne citer que les principaux.

Des ambitions qui semblent issues de sa trajectoire personnelle marquée par une formation à l’école d’agronomie de Purpan à Toulouse, et une spécialisation dans les domaines du développement durable et de la gestion des ressources naturelles. Il semblerait également que toutes ses réflexions soient nourries de ses divers voyages : Thomas a, au cours de son cursus, entrepris un voyage d’étude au Burkina Faso pendant lequel il a participé à la création d’un jardin pédagogique dans une école d’un petit village ; ainsi qu’un périple en Amérique du Sud. Ces expériences plus que la partie théorique de son apprentissage semblent avoir véritablement initié sa volonté d’engagement autour du thème de l’agriculture urbaine, avec le cofondateur et ami Florian Champoux.

 

« Cette volonté d’avoir une entreprise où on est content d’y travailler »

 

En outre Terreauciel était aussi un moyen de s’émanciper du schéma économique traditionnel marqué par l’existence d’une verticalité. Thomas n’est pas le chef ou le grand patron que l’on retrouve dans des modèles d’entreprises plus classiques. Il devient, au même titre que les autres membres de l’équipe, un simple acteur dans ce projet structuré autour de valeurs fortes et partagées. Pour chacun, c’est cette volonté de s’engager dans la protection de l’environnement par la création d’espaces collectifs verts et comestibles. Les individus ne sont plus des « rouages », ni de vulgaires « maillons » d’une chaîne dont ils ne voient pas le bout ; ils participent et s’expriment à chaque étape.

 

#Equipe

Dans un coin de la pièce, notre regard finit par se perdre sur une bibliothèque fournie en bouquins sur la gestion des potagers, les caractéristiques des cultures et autres. Si cela dénote une certaine soif perpétuelle d’apprendre ; cela montre aussi qu’il ne se place pas sur un piédestal, n’hésitant pas à remettre en question ses lacunes et son inexpérience. En autorisant la participation de chacun quel que soit son statut, il y’a une volonté et un besoin de bâtir un cadre de travail sain et motivant dans lequel chacun est heureux de travailler.

Ils sont aujourd’hui quatre au sein de Terreauciel, pour faire vivre l’agriculture urbaine aussi bien à Toulouse que dans la France entière, en accompagnant des projets de création de potagers collectifs, en réalisant des études préliminaires de faisabilité économique et environnementale et en participant à de vastes projets de recherche.

Terreauciel ne saurait donc pas se résumer à la personnalité de ses fondateurs. C’est avant tout une équipe, c’est à dire un groupe d’individus placés à égalité.

Derrière la porte, sur un tableau écrite au feutre, l’inscription « Gâteauscope » se distingue fièrement suivie par une liste de noms. Chaque semaine et à tour de rôle, ils préparent un gâteau qu’ils dévorent ensemble autour d’un moment chaleureux et convivial. C’est une des façons, parmi la mise en place de sorties et autres voyages communs, de tisser des liens forts au sein de l’équipe. Malgré des profils et des parcours différents, tous travaillent conjointement autour de projets ambitieux et porteurs de sens. Tous partagent et apprennent les uns des autres, ce qui fait sans doute une des clés de réussite de ce bureau d’études, qui ne subit pas les effets de la concurrence malgré l’essor de l’agriculture urbaine, selon son fondateur.

Au départ, Terreauciel c’était deux amis, mus par le désir de porter leur pierre à l’édifice et de répondre à leur échelle à un vaste enjeu socio-écologique moderne : nourrir les hommes avec des ressources qui tendent à se raréfier. Depuis l’équipe s’est agrandie est a accueilli dans ses rangs l’agronome Laurent, et Anne une paysagiste de formation, mais les relations entre tous continuent de dépasser le simple cadre professionnel. L’expression populaire selon laquelle l’union fait la force prend littéralement vie dans ce bureau.

L’équipe de Terreauciel lors d’un de leur week-end Team Building

Crédit photo : Thomas Devienne

De l’association à la Scop

 

Thomas c’est un peu une « force tranquille » et cela se ressent lorsque l’on observe l’évolution de Terreauciel. Cela ne vient qu’ajouter à son humilité, qui avait marqué notre première impression. À sa sortie de l’école il y a cinq ans maintenant, son envie d’entreprendre et d’agir pour la planète et pour les hommes se concrétise par la création d’une association. Avec Florian, ils ne sont alors que des petits jeunots inexpérimentés dans un domaine de l’agriculture urbaine qui voit à peine le jour. Ils n’ont alors que des théories sur le maraîchage mais pas de compétences concrètes. Une envie de participer mais pas d’idée précise. Cette phase d’association est essentielle alors dans le développement de la structure : le binôme gagne en confiance, en compétences et en notoriété, et leur projet de bureau d’études se dessine plus clairement.

Finalement, ce n’est qu’au 1er janvier 2017, que l’association devient une entreprise sous le statut de Société coopérative ouvrière de production (Scop). Ce statut est intéressant et leur permet de formaliser un peu plus le désir d’horizontalité; par exemple, chaque salarié associé a ainsi une voix au conseil  d’administration.

En parallèle, Terreauciel gagne en compétences et intègre à la compétence d’agronome celle de paysagiste. En effet, c’est en multipliant leurs projets qu’ils se sont rendus comptes qu’ils n’étaient pas concurrents avec les paysagistes mais plutôt complémentaires. En somme, Thomas reste ouvert à la nouveauté et n’hésite pas à se remettre en question pour faire avancer toujours plus les choses et développer des projets toujours plus ambitieux et grands en retombées. En témoigne ainsi le projet expérimental de la tour maraîchère de Romainville, remporté haut la main par l’équipe, et qui deviendra sous peu la première ferme verticale de France.

En savoir plus : Une Scop, c’est quoi ?

Maquette du projet de serre verticale à Romainville

Crédit photo : Terreauciel

« On suscite la sympathie de la plupart des personnes que l’on rencontre, qui ont envie de nous aider »

 

L’inexpérience n’a pas été un frein, bien au contraire. Modeste et conscient de ses propres limites, Thomas a su attirer la « sympathie » de personnes, qui ont à l’occasion participé au développement de la structure en prodiguant de précieux conseils et  en confiant à l’équipe ses premiers projets. Terreauciel a, ainsi, d’abord vu le jour au sein d’un parcours d’accompagnement destiné aux porteurs de projets issus de l’économie sociale et solidaire. Ce parcours ADRESS (Accompagnement pour le Développement et la Réussite en Économie Sociale et Solidaire) a été un véritable puit de ressources et d’informations pour le  binôme, qui a bénéficié d’un accueil et d’une orientation personnalisés. Aujourd’hui encore, les locaux sont situés au sein d’une résidence associative et coopérative, construite grâce à des fonds européens.

En savoir plus : Parcours ADRESS

Thomas c’est un peu alors une incarnation de la philosophie prônée par Socrate que résume la célèbre expression : « Je sais que je ne sais rien. » Être sûr de soi c’est finalement être ignorant car les certitudes et les convictions inhibent la quête du savoir. Au contraire, rester ouvert d’esprit, est l’attitude adaptée pour sans cesse apprendre et élargir sa connaissance du monde. C’est davantage dans cette optique là que se positionne notre jeune entrepreneur.

« Nous on aimerait bien travailler un peu plus à Toulouse et un peu moins à Paris »

 

Mais parler de Thomas, c’est aussi parler de son territoire, du grand Toulouse et de sa périphérie. Mais pourquoi ? Parce que pour lui mener des actions à petite échelle c’est s’assurer la défense de son système de valeurs : respect de l’homme et de préservation de l’environnement. Cette action locale se manifeste par la mise en place d’un réseau pérenne d’acteurs concernés par ces mêmes enjeux. Il est fondamental pour lui de pouvoir choisir des fournisseurs locaux engagés dans un même combat socio-environnemental, celui de parvenir à nourrir l’Homme tout en faisant face à un épuisement des ressources inéluctable. C’est ainsi une Scop de Fonsorbes qui est privilégiée pour fournir les mobiliers et refuges à la biodiversité. C’est à Recyclo’bat, l’association de recyclage du bâtiment, qu’il fait appel pour la construction des composteurs et coffres à outils par exemple.

Aujourd’hui, même si de nombreux projets sont impulsés par Paris, qui souhaite entrer dans une ère de végétalisation, travailler à Toulouse reste primordial pour Thomas. Il reconnait ainsi que « le développement de l’agriculture urbaine à Toulouse est différent de Paris. Paris a, disons, plus une problématique d’espace. Ils sont plus dans les projets visibles. […] Alors qu’à Toulouse on est plus sur comment préserver l’agriculture périurbaine ou transformer l’agriculture périurbaine pour qu’elle soit moins grande culture exportée à l’international et un petit peu plus maraîchage et vente directe ». Travailler en province c’est sortir de l’objectif politique qui semble mouvoir le développement de l’agriculture urbaine de la capitale, et donc aussi être plus proche des ambitions de Terreauciel en somme.

Une envie de partage de cette expérience

 

« C’est ni très difficile, ni très impressionnant, ni très complexe. Nous on est partis, on savait rien. C’est pas à Purpan qu’on a appris à créer une entreprise  »

De même qu’il a beaucoup appris au contact des autres, on note bien un désir non dissimulé de partager son expérience. Il devient acteur d’un réel cercle vertueux. Savoir recevoir et apprendre à donner, voilà comment nous pourrions résumer ces instants passés au contact de Thomas. Quand on lui demande quels conseils il pourrait donner à tous ceux qui souhaiteraient se lancer dans la folle aventure de la création d’entreprise, il prend le temps de réfléchir et de choisir correctement ses mots pour nous fournir une réponse la plus complète qui soit. Encore une fois toute la sagesse et l’humilité de Thomas ressortent de ses réponses. Il nous explique alors, que toute tentative, quel que soit le résultat final, est bonne à prendre. Le terme d’échec ne semble pas exister dans son vocabulaire, devient un mythe. Il confesse, ainsi, que le seul risque « c’est de finir par faire autre chose au bout d’un certain temps » mais entretemps les bénéfices seront inestimables puisqu’« on aura capitalisé énormément d’expériences et pleins de rencontres, appris pleins de choses ».

Une fois l’entretien achevé, au moment des photos, on comprend que notre question continue de lui trotter dans l’esprit, puisqu’il n’hésite pas à nous proposer d’autres éléments de réponse. À ce moment-là, il devient évident qu’il veut nous faire profiter de son expérience. Entreprendre devient, dans sa bouche, la capacité à dépasser notre peur de l’échec, ce démon purement imaginaire. Entreprendre c’est donc en fait exprimer, à un moment, du courage. Entreprendre devient à la portée de tous.

Consultez les autres portraits