Cédric Auriol

 

 

Micronutris

Entrepreneur expérimenté, Cédric Auriol est le créateur de l’entreprise Micronutris, première ferme française d’insectes comestibles. A travers son parcours et ses différentes expériences entrepreneuriales, il nous éclaire sur les caractéristiques de la création d’entreprise et sur les clés de son succès.

En arrivant devant les locaux de Micronutris, dans la zone commerciale de Saint Orens de Gameville en Haute-Garonne vous pouvez être surpris de trouver porte close. C’est après avoir sonné et s’être annoncé que vous êtes autorisés à pénétrer dans ce qui, de l’extérieur, ressemble à un hangar, mais qui se révèle, une fois la porte franchie, être un lieu accueillant où la décoration zen met en valeur les produits fabriqués ici. Pour patienter, des canapés sont disposés à côté de présentoirs contenant aussi bien les brochures, que des biscuits, des assortiments apéros ou encore des tablettes de chocolat. Micronutris met tout en œuvre pour attirer de futurs partenaires ou distributeurs, et cela passe par l’ambiance chaleureuse de sa salle d’attente ! Ici on fabrique des produits alimentaires de qualité, biologiques et locaux, à base… d’insectes comestibles ! On réalise sur place toutes les étapes de fabrication, de l’élevage de grillons et de ténébrions à leur transformation en produits divers.

Salle d’attente des professionnels – Vue 1

Crédit Photo : Manon Perez

Présentation d’échantillons de produits dans la salle d’accueil des professionnels

Crédit Photo : Maruschka Salmon

Salle d’attente des professionnels – Vue 2

Crédit Photo : Manon Perez

Cédric Auriol, le créateur de cette entreprise innovante, nous accueille chaleureusement avec un sourire, et la disponibilité limitée d’un homme d’affaires qui doit gérer une entreprise.

« A 12 ans, j’ai décidé que je voulais être entrepreneur et créer des entreprises. »

Dès son plus jeune âge, Cédric Auriol a eu une vocation : être entrepreneur.  Il confie : « A 12 ans, j’ai décidé que je voulais être entrepreneur et créer des entreprises. J’ai orienté mon parcours scolaire dans ce sens-là. » Ce projet a mûri dans sa tête jusqu’au bac, où il se spécialise en sciences de l’ingénieur. Il s’est ensuite dirigé à Toulouse vers la fac d’économie pour réaliser un DEUG en économie et gestion. A la suite de cela, il s’est tourné vers une école de commerce, l’ISEG, pour se former en marketing international. Finalement, pour parfaire ses compétences entrepreneuriales, il suit, pendant un an, un master à Toulouse Business School.

On pourrait penser que cette vocation a pour origine le climat familial, pourtant Cédric est issu d’une famille de fonctionnaires pour laquelle l’entreprenariat et l’entreprise sont des milieux étrangers. Cela ne l’a cependant pas empêché de poursuivre son objectif avec le soutien de ses proches. Son entreprise constitue une partie prépondérante dans sa vie, et peut constituer, du fait de son exigence, un frein au développement de sa vie personnelle. Cependant, il avoue avoir « la chance d’être marié avec quelqu’un qui comprend très bien ce mode de vie [l’entreprise] et qui l’accepte ».

 

#SavoirFaire

« Pour moi, l’idée n’est pas primordiale. »

D’après les dires de Cédric, c’est la ténacité qui l’a mené jusqu’à son projet actuel, dont la création a pourtant été semée d’embuches. En effet, les administrations françaises liées à la réglementation alimentaire se sont montrées craintives face au projet Micronutris, certes innovant, mais où tout était à faire car il a fallu « créer un savoir-faire qui n’existait pas, s’adresser à un marché qui n’existait pas et travailler dans un cadre réglementaire qui n’existait pas ». C’est un long combat qu’il a mené et mène encore ! Sans cette qualité, il aurait dû faire certaines concessions sur le projet, l’éloignant de ses convictions et du constat à l’origine de son idée, celui du défi alimentaire à venir face à une population dangereusement croissante.

 

combat de cédric auriol face à la réglementation

Entrepreneur aguerri, Cédric, 36 ans, n’en est pas à sa première expérience de création d’entreprise. Lorsqu’il est encore étudiant, il monte avec des amis son premier projet, dans la négoce de babyfoots. Cette première entreprise, qui marche alors plutôt bien, lui permet de financer la suite de ses études, mais pas seulement. Lors de sa dernière année d’études à TBS, il fait la rencontre des deux personnes qui deviendront par la suite ses associés. Tous trois décident de lancer un second projet, créé en 2007, de négoce de textiles et d’emballages, notamment dans le marché des tenues et accessoires pour les cérémonies de remise de diplômes. Ses idées, il les tire de ses expériences et de son environnement et bien qu’anecdotiques, elles rencontrent un certain succès qui lui permet d’avancer dans le chemin entrepreneurial. « Je fais partie des gens qui pensent que l’idée ce n’est pas primordial […] ,c’est vraiment la manière dont on va mener cette idée qui va faire la différence », estime-t-il. Ces deux premières entreprises ont ainsi permis de générer des fonds suffisants pour qu’en 2011 le projet Micronutris voit le jour, et ce, sans besoin de prêts accordés par des banques ou d’investisseurs.

 

Comme toute vocation, la création d’entreprise est fortement guidée par notre personnalité et les valeurs qui nous définissent. Pour Cédric, et ses collaborateurs de l’association Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise, dont il fait partie depuis une dizaine d’années, « une entreprise performante au niveaux social, sociétal, et environnemental va être performante dans le domaine économique ». Ce sont ces 3 piliers qui ont guidé la création du projet Micronutris, fortement inspirée par les défis alimentaires, encore peu connus en 2011, auxquels notre société actuelle et future doit faire face.

Pour Cédric Auriol, être leader d’un marché et respecter un engagement environnemental, c’est possible. Il met ainsi en évidence sa volonté de faire tendre son entreprise vers une performance à tout point de vue.

 

« Avec chaque salarié, il y a eu une histoire différente »

L’élaboration de l’équipe a joué un rôle prépondérant dans la création de Micronutris. En effet, l’entreprise comporte au total une quinzaine de collaborateurs. Le temps de parcourir les locaux, on en croise quelques-uns. On se salue, on se dit bonjour, en toute simplicité, en toute convivialité. Ici, on prend ses repas ensemble, on prend un moment pour discuter, mais sans s’arrêter de travailler pour autant. La relation avec les salariés est importante pour Cédric, qui associe la bonne entente dans le travail à l’efficacité. Certains travaillaient avec lui dans les précédentes entreprises et l’ont suivi à la vente de ces dernières. Certains ont été recrutés de façon classique pour leurs compétences et ont participé à l’élaboration du schéma et de la stratégie de production, à l’aube du projet. Certains ont également été stagiaires chez Micronutris et ont été embauchés par la suite. Avec tous, « humainement ça s’est bien passé » même si « avec chaque salarié, il y a eu une histoire différente ».

Aujourd’hui, à l’échelle française, Micronutris demeure l’entreprise la plus avancée dans la filière des insectes comestibles, car c’est l’une des seules à réaliser l’intégralité du processus de fabrication et développement des produits. Ainsi, même la concurrence n’en demeure pas totalement une. En effet, la plupart des soixante-dix autres entreprises françaises à transformer des insectes ne les élèvent pas ; Micronutris leur fournit donc pour certaines la matière première pour leurs produits. Si Cédric souhaite conserver et entretenir les relations vers l’extérieur, c’est dans le but de faire de son entreprise une entreprise autonome dans l’élaboration des produits, et donc plus performante.

Si Cédric réussit à conserver de si bonnes relations avec ses partenaires, c’est également parce qu’il a fait le choix de fonctionner localement. Originaire de la région toulousaine, il a souhaité s’y implanter car il est très attaché à cette région de France.  Malgré les difficultés que lui a causé l’administration française et le combat qu’il a ainsi mené, malgré le fait que, selon lui, s’implanter dans un autre pays aurait été plus simple, il demeure « très attaché au fait que le projet se développe en France dans la région Occitanie ».  D’après lui, cette localisation joue également un rôle stratégique car « les produits français ont vraiment une bonne image internationale » en termes de qualité. Comme il a pour ambition de se développer dans le monde, conserver une identité pour ses produits a en effet du sens. Avec son regard tourné vers l’extérieur, il a ainsi pu développer un climat très favorable au développement et à la pérennité de Micronutris.

Reporting de l’activité de l’entreprise Micronutris

Crédit Photo : Micronutris

Apport alimentaire aux ténébrions dans la salle de croissance

Crédit Photo : Micronutris

Grillon dans la salle de croissance

Crédit Photo : Micronutris

Cédric demeure ambitieux, et souhaite pour Micronutris le même succès, voire meilleur encore, que ses entreprises précédentes. Il s’accompagne donc de partenaires avec qui il entretient une relation de confiance. Il accompagne les distributeurs de ses produits dans la mise en place du schéma de vente et n’hésite pas à participer à des projets collaboratifs. Il s’agit de « se tourner vers l’extérieur pour tisser des liens avec notre écosystème ».

L’entreprise, créée il y a 7 ans, n’en est pourtant qu’à ces jeunes années ! Cédric et son équipe ont plein de projets en tête pour la développer. Il s’agit de promouvoir maintenant des produits d’alimentation quotidienne et de s’éloigner un peu de l’aspect curiosité qui a été entretenu jusqu’alors, maintenant que l’alimentation à base d’insectes fait son chemin dans les esprits. Pourtant, il ne cherche pas pour autant à démocratiser ce mode d’alimentation, ni de convaincre les récalcitrants. Aujourd’hui les convaincus suffisent à constituer, à eux seuls, un marché. Il s’agit également de développer la production, qu’il souhaite robotiser et connecter afin d’éviter des « tâches trop rébarbatives » pour les salariés et un coût trop élevé pour les consommateurs.

 

La ténacité : base de l’entrepreunariat

A la lumière de ses diverses expériences et succès, si aujourd’hui Cédric Auriol avait un conseil à donner à ceux qui souhaiteraient entreprendre, ce serait « qu’il ne faut jamais rien lâcher ». Selon lui, l’entourage joue un rôle primordial dans l’entreprenariat, et lui-même doit notamment son succès à ceux qui l’ont soutenu et qui l’ont accompagné jusqu’à maintenant. L’expérience est l’aboutissement de la création d’entreprise, qui permet d’obtenir des compétences plus abouties que lorsque l’on est soi-même salarié.

S’il avait un mot à dire aux étudiants, ce serait de créer son entreprise dès la fin de ses études plutôt que d’attendre d’entrer dans un cadre confortable de salarié qui assure un revenu fixe chaque mois. Car oui assurément, créer son entreprise, c’est évidemment prendre des risques…

 

« J’ai vraiment la conviction qu’il faut créer son entreprise le plus tôt possible ! »

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